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Au fil des questions au programme d'histoire-géographie des classes de lycée. Des commentaires, exercices, rappels, ...

mercredi 26 décembre 2012

Le téléphone mobile, un produit de la mondialisation

Le téléphone mobile est sans doute le produit le plus emblématique de la mondialisation. 
Quelques schémas glanés sur le net, qui proposent une information convergente. A utiliser sans modération, mais avec esprit critique ! 



  • Un second schéma portant à l'identique sur la téléphonie mobile dans la mondialisation :

  • Un dernier schéma ( proposé en cours ) portant sur le même sujet


Toutes mes excuses aux auteurs de ces schémas dont j'ai omis de copier l'URL. L'erreur sera réparée incessamment. 

vendredi 5 octobre 2012

Des cartes pour comprendre le monde : une grille géopolitique

Le nouveau programme de Terminale (séries L et ES) invite à une approche d'un monde complexe à l'aide de grilles de lecture. Parmi celles-ci, l'approche géopolitique pose la question du rôle des états, de leur puissance, de leurs rivalités éventuelles, et donc des conflits qui les opposent ( conflits inter-étatiques) ou les fragilisent ( conflits intra-étatiques). 
Documents utilisés en cours pour illustrer cette question : 
  • une première carte des conflits 

Hatier, p.23
Cette carte des conflits, non seulement ne permet pas d'en distinguer la nature, mais est le reflet d'une vision américaine : mention des interventions de l'OTAN, perception des conflits à l'aune de leur intensité ( cette approche graduelle ayant été initiée à l'époque de la Guerre froide, pour distinguer des conflits de haute intensité - pouvant déboucher sur une guerre nucléaire - et d'autres conflits de moindre importance, puisque, dans l'optique américaine, de moindre risque potentiel).
  • Un croquis de synthèse sur les conflits
Hachette, p. 26
Ce croquis proposé par le manuel Hachette met en évidence la zone privilégiée des conflits : l'arc de crise ( ou croissant de crise). Il distingue par ailleurs des conflits de nature différente : conflits inter-étatiques comme celui qui a opposé la Russie à la Géorgie; conflits intra-étatiques comme ceux qui se développent essentiellement en Afrique sub-saharienne. De plus, ce croquis pointe l'instabilité liée au développement des révolutions dans le monde arabe ( sans distinguer cependant entre les pays dans lesquels ces révolutions ont débouché sur des conflits armés - en cours ou achevés - , de ceux dans lesquels ce "printemps arabe" s'est déroulé de manière plus strictement politique).
Dans la deuxième partie de la légende, l'accent est mis sur UN risque majeur : celui lié au terrorisme initié par Al-Qaïda, considéré comme facteur majeur de l'instabilité dans le monde. 

  • Une carte des puissances militaires
Cette approche géopolitique peut être complétée par une carte des puissances militaires. Celle-ci montre l'existence, par-delà la puissance américaine, d'un club très fermé ( ou qui, du moins, se voudrait tel ) des puissances nucléaires : Russie, Chine, Inde, France, Royaume-Uni... La carte met en évidence le danger lié à la prolifération nucléaire ( le problème des puissances suspectées de vouloir se doter de l'arme atomique comme l'Iran actuellement, l'Irak précédemment). Elle pointe aussi des dynamiques récentes, tout aussi dangereuses, telles les importations d'armes auxquelles se livrent massivement les deux plus grandes puissances démographiques : Chine et Inde. 






lundi 27 août 2012

Lecture historique du patrimoine : les arènes de Lutèce


Le complexe hybride que furent les arènes de Lutèce sous l'Antiquité (scène pour les représentations théâtrales, arène pour les combats de gladiateurs et autres jeux) est désormais un lieu de visite, mais aussi un lieu de détente pour les promeneurs parisiens ou étrangers. 
La mise à nu de cette trace du passé de la ville a, comme c'est souvent le cas, été fortuite. Ce sont en effet les travaux de percement de rues effectués sous l'égide d'Haussmann ( ici, le percement de la rue Monge) qui autorisent la découverte d'une partie de l'ancien amphithéâtre dans les années 1860, une seconde partie étant mise à nu 20 ans plus tard. 
La question de savoir ce qui doit advenir de cet héritage du passé se pose alors : destruction? conservation? 
Membre de la société des Amis des arènes, Victor Hugo va être le plus ardent défenseur de cette seconde solution. Pourquoi conserver les arènes? Parce qu'elles témoignent de l'ancienneté de la ville et de sa puissance, et, en tant que telles,  contribuent à justifier sa puissance actuelle. 
Monsieur le Président, Il n’est pas possible que Paris, la ville de l’avenir, renonce à la preuve vivante qu’elle a été la ville du passé. Le passé amène l’avenir. Les arènes sont l’antique marque de la grande ville. Elles sont un monument unique. Le conseil municipal qui les détruirait se détruirait en quelque sorte lui-même. Conservez les arènes de Lutèce. Conservez-les à tout prix. Vous ferez une action utile, et, ce qui vaut mieux, vous donnerez un grand exemple. Je vous serre les mains, 
Lettre de Victor Hugo au président du conseil municipal de la Ville de Paris, 27 juillet 1883
La bataille de la conservation a donc été emportée, puisque les arènes, acquises par le conseil municipal, sont devenues monument historique.
Plus généralement, l'intérêt porté par les hommes du XIXe siècle au passé - ici, le passé antique, mais aussi le passé monarchique - témoigne d'un rapport au passé profondément modifié par la Révolution française. Avec elle, la notion de patrimoine prend réellement sens. Si le regard est tourné vers l'avenir - " Paris, la ville de l'avenir"  -, le rapport au passé gagne en importance, car il est le gage d'un futur prometteur. C'est l'une des raisons pour lesquelles les traces du passé doivent être conservées.

La plaque apposée en 1951 sur le site des arènes - "à l'occasion du bi-millénaire de Paris", la conquête romaine étant considérée comme l'élément fondateur de la Cité - témoigne d'une vision similaire dans laquelle passé, présent et avenir sont intimement liés. " Passant, songe... " : la prise à partie du passant n'est pas sans évoquer les accents que prendra, une génération plus tard, l'appel au devoir de mémoire. La proximité de la fin du second conflit mondial  n'est évidemment pas étrangère ici à la nostalgie qui se dégage de l'évocation de la grandeur passée, comme au lyrisme contenu dans le terme "tes espoirs".

Source des photos :
wikipedia.

dimanche 24 juin 2012

2012, une République à gauche


La répartition des pouvoirs Droite/Gauche, infographie Le Monde
Comme le montre ce document réalisé pour Le Monde, c'est la première fois depuis la naissance de la 5ème République que l'ensemble des pouvoirs sont détenus par la gauche : présidence de la République et Assemblée Nationale avec les élections du printemps 2012, mais aussi Sénat depuis 2011 ( les sénateurs sont renouvelés par 1/3 tous les 3 ans), ainsi que régions et départements depuis 2004. C'est exactement la configuration que la droite, désormais dans l'opposition, souhaitait éviter, en invitant les électeurs, lors des dernières législatives à ne pas donner tous les pouvoirs à la gauche. Pour autant, le graphe permet de rappeler que cette situation, inédite jusqu'alors pour la gauche, a été la règle pour la droite au pouvoir pendant de nombreuses années. C'est en particulier le cas pendant la période qui court de 1958 à 1981, même s'il faut souligner que les pouvoirs locaux ( régions, départements) avaient alors un pouvoir nettement moindre. 

vendredi 22 juin 2012

Les présidentielles en France

Un message sur le site histgeobox, avec pour point de départ la chanson de Lenormand... prétexte à une étude assez complète et très bien documentée :

l'histgeobox: 256. Gérard Lenorman, "Si j'étais Président". (198...: Le 45 tours de "Si j'étais Président" A quelques mois de la prochaine  élection présidentielle française , n’est-ce pas le moment oppo...

samedi 16 juin 2012

La Russie en croquis






Source :
http://www.cartographe-legoff.com/les-atouts-et-contraintes-de-l-espace-russe,fr,4,CSC-Russie.cfm


L'immensité de l'espace russe, l'abondance de ses ressources comme l'importance des contraintes que subit cet espace peuvent être l'objet d'un premier croquis, mettant en évidence les grands traits de la mise en valeur : une mise en valeur marquée par un fort déséquilibre ouest/est. 
En terme de ressources en effet, le territoire est marqué par un déséquilibre ouest/est : le peuplement est à l'ouest, parc contre l'essentiel des ressources ( hydrocarbures, charbon, mais aussi minerais) est à l'est. Or plus on avance vers l'est, plus les conditions de la mise en valeur sont difficiles, du fait du froid ( sous-sol toujours gelé, banquise d'hiver, ...) et des distances. 
Aussi la mise ne valeur a-t-elle procédé depuis l'ouest le long de l'axe de communication majeur : le transsibérien, qui relie les grandes agglomérations entre elles. 

Source : Magnard

Un autre croquis peut être proposé. Il pointe certaines évolutions récentes de l'organisation du territoire de la Russie.

Source :
http://ridelhistgeo.files.wordpress.com/2009/05/russie_croquis.png





La mondialisation : centres d'impulsion et marges

Un autre croquis sur la mondialisation, qui a le mérite de proposer une légende bien structurée et dynamique et de questionner la mondialisation et ses effets sur l'organisation de l'espace mondial : 




Source de ce croquis : 
http://lycee-marc-bloch.spip.ac-rouen.fr/spip.php?article1838


Le même croquis, proposé par le site de l'académie de Toulouse, sur un fond de carte de projection différente (projection azimutale): 
http://pedagogie.ac-toulouse.fr/lyc-pins-justaret/IMG/pdf/Croquis_-_centres_d_impulsion_et_marges_de_la_mondialisation__Mme_CASAUCAU_.pdf

L'organisation spatiale de l'Union européenne, croquis

Un croquis proposé sur l'excellent site de Jacques Muniga. Une approche interactive qui permet de réviser la maîtrise des outils cartographiques.
Attention : la nomenclature n'est pas reportée sur le croquis. A vous d'y penser!

http://geographie-muniga.org/Europe---UE-croquis.html

vendredi 15 juin 2012

La France et la question algérienne, épreuve bac 1ère S


Analyse de documents en histoire : la France et la question algérienne.

Consigne : Montrez en quoi ces documents rendent compte de deux moments importants de la guerre d’Algérie et de l’évolution des positions du gouvernement français. Présentez leur apport et leurs limites pour comprendre le déroulement de ce conflit.

Document 1 :
M. Pierre Mendès France, Président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, le 12 novembre 1954 devant l’Assemblée nationale.

« [...] Il y a quelques semaines à peine, je m’étais fait votre interprète, l’interprète de l’émotion ressentie par tous les Français devant la catastrophe qui, dans la région d’Orléansville, venait d’endeuiller l’Algérie  (1).
J’avais alors affirmé la solidarité de la nation entière avec les populations éprouvées. L’Algérie, hélas ! vient d’être frappée à nouveau, et cette fois la violence provient de la volonté criminelle de quelques hommes, mais elle n’est pas moins cruelle, inutile et aveugle. À nouveau la nation doit s’affirmer unie et solidaire devant le malheur, devant les forces de destruction. […] Vous pouvez être certains, en tout cas, qu’il n’y aura, de la part du Gouvernement, ni hésitation, ni atermoiement, ni demi-mesure dans les dispositions qu’il prendra pour assurer la sécurité et le respect de la loi. Il n’y aura aucun ménagement contre la sédition, aucun compromis avec elle, chacun ici et là-bas doit le savoir. On ne transige pas lorsqu’il s’agit de défendre la paix intérieure de la nation, l’unité, l’intégrité de la République.
Les départements d’Algérie constituent une partie de la République française. Ils sont français depuis longtemps et d’une manière irrévocable. Leurs populations qui jouissent de la citoyenneté française et sont représentées au Parlement, ont d’ailleurs donné, dans la paix comme autrefois dans la guerre, sans distinction d’origine ou de religion, assez de preuves de leur attachement à la France pour que la France à son tour ne laisse pas mettre en cause cette unité. Entre elles et la métropole il n’y a pas de sécession concevable. Cela doit être clair une fois pour toutes et pour toujours aussi bien en Algérie et dans la métropole qu’à l’étranger. (Applaudissements à gauche, au centre, à droite et à l’extrême droite.)
Jamais la France, aucun Gouvernement, aucun Parlement français, quelles qu’en soient d’ailleurs les tendances particulières, ne cédera sur ce principe fondamental. »
Pierre Mendès France. OEuvres complètes. Tome 3, Gouverner c’est choisir (1954-1955). Institut Pierre Mendès France, 1986, pp. 454-456.
(1) il s’agit d’un tremblement de terre.

Document 2 : "Une" du journal le Figaro, 17 septembre 1959




 Rappels méthodologiques :

  • Le sujet, ici " La France et la question algérienne", renvoie à un cours précis, qu'il importe de relever immédiatement. Ici, le sujet renvoie au cours sur la décolonisation, et particulièrement à la décolonisation de l'Algérie française (thème 4 du programme). Pour autant, on peut aussi se référer au cours sur l'Algérie dans les années 30 ( éventuellement traité sous forme d'étude de cas, toujours dans le thème 4), mais aussi au cours sur la France ( thème 5, La République, 3 Républiques, cours sur la 5ème République 1958-1962). 

1er rappel donc : la lecture du sujet invite à repérer le thème majeur auquel celui-ci se rapporte, ce qui permet logiquement d'avoir une petite idée des notions clés attendues.
2ème rappel : les termes du sujet, auquel vous devez prêter une grande attention, peuvent vous inciter à penser à d'autres cours, le programme permettant de très nombreuses passerelles entre les questions. 

  • Analyser deux documents suppose obligatoirement de les confronter. Il est donc hors de question de les étudier successivement sans jamais comparer leur apport. 
  • Ce n'est pas parce que la consigne ne demande pas expressément de présenter les documents qu'il ne faut pas le faire, brièvement, cette présentation devant déboucher sur l'énoncé de la question à traiter.

  • La consigne doit être lue très attentivement. C'est elle qui va indiquer le plan à suivre pour organiser le propos. Ici, 2 axes majeurs sont proposés : 
- deux moments importants de la guerre d'Algérie, donc une évolution des positions du gouvernement français
- apport et limites de ces deux documents pour comprendre le déroulement de ce conflit


Corrigé
Attention : ne pas se fier à sa longueur... tous les éléments proposés ne seraient pas forcément attendus. Cela dépend évidemment des cours, des connaissances donnés. 

Un premier paragraphe de présentation des documents débouchant sur l'énoncé de la question à traiter : 
Les deux documents proposés sont de nature très différente. le premier est un texte officiel,  un extrait du discours prononcé par le président du Conseil Pierre Mendès-France (PMF) devant l'Assemblée nationale le 12 novembre 1954, soit au début de la guerre d'Algérie. Il exprime la position du gouvernement, par le biais du discours de son chef ( le président du Conseil est le chef du gouvernement sous la IVème République). Le second document, quoique de nature très différente - c'est la "Une" d'un journal français conservateur, Le Figaro - exprime lui aussi la position du gouvernement français, par la voix du président de la République, Charles de Gaulle, dont les propos sont cités. Ce document date du 17 septembre 1959, soit cinq ans après le début du conflit qui ne prendra fin qu'en mars 1962 avec la signature des accords d'Evian. Ces deux documents invitent à poser la question de l'attitude de la France ( gouvernement, opinion publique) face à la question algérienne à l'époque de la guerre d'Algérie (1954-1962)
 Vous remarquez que la présentation s'intéresse à la nature des documents, à leurs auteurs, à leur contexte. D'emblée, elle montre que le sujet ( la guerre d'Algérie) est bien maîtrisé ( les dates en sont données, et même répétées). 
Un second paragraphe consacré à l'évolution de la guerre et surtout des positions du gouvernement français face à cette guerre : 
Lorsque PMF s'adresse aux députés en novembre 1954, la guerre vient à peine de commencer. Le 1er novembre 1954 en effet a été marqué par une vague d'attentats perpétrés par le nouveau mouvement indépendantiste algérien, le FLN ( Front de Libération Nationale). Ces attentats ne sont pas considérés comme l'expression d'une volonté algérienne, mais comme le fait d'une minorité ( "la volonté criminelle de quelques hommes") qui représente une force de "destruction". Le mot "guerre" n'est d'ailleurs pas utilisé, mais seulement celui de "sédition" qui renvoie à un phénomène de révolte contre l'autorité. Or le gouvernement français n'admet pas cette révolte sur des territoires qui sont français : de fait, l'Algérie est constitué de trois départements français ( préfectures Oran, Alger, Constantine), et ce, "depuis longtemps". La conquête de l'Algérie remonte en effet au début du 19ème siècle : conquête en 1830, le territoire étant réellement soumis en 1847. De plus, PMF rappelle que ce territoire jouit des mêmes droits que ceux de la métropole : "citoyenneté française, (...) populations représentées au Parlement". Cette présentation est très généreuse au regard de la réalité. En Algérie, les populations musulmanes sont représentées par un nombre de députés égal à celui des "pieds-noirs", alors qu'elles sont neuf fois plus nombreuses. Par ailleurs, la situation de la population algérienne diffère beaucoup entre les pieds-noirs et les algériens : pour les seconds, on constate un très faible accès à la scolarisation par exemple. Le discours de PMF témoigne donc d'un premier moment de la guerre d'Algérie, dans lequel cette guerre est niée, posée comme une révolte minoritaire et sans fondement. En 1959, les choses ont considérablement évolué puisque de Gaulle, président de la République depuis 1958, affirme que "les Algériens décideront de leur destin". Si la guerre n'est toujours pas nommée, la mention du "retour à la paix" renvoie, en creux, à l'état de guerre. Ce revirement s'explique par la montée de la violence qui a marqué les années 1954-1958. Pour s'opposer à la "sécession" inconcevable en 1954, la France a progressivement durci sa politique sur le territoire algérien : envoi du contingent, pouvoirs spéciaux donnés au gouvernement, utilisation de la torture, ... sans pour autant parvenir à pacifier le territoire algérien. De Gaulle propose donc une nouvelle voie, la voie politique, qui doit permettre, à terme, de sortir du conflit. Il évoque la possibilité pour les Algériens de choisir "leur destin" ( c'est le principe de l'autodétermination), en mentionnant trois possibilités : la "sécession" (donc l'indépendance avec rupture totale des relations avec la métropole), la "francisation" (donc le maintien de l'Algérie française, mais avec une réelle égalité des droits), le "gouvernement des Algériens" ( donc l'autonomie, mais dans le cadre de la Communauté française, donc avec des relations fortes avec la France).
Un dernier paragraphe mettant en évidence l'apport des deux documents mais aussi leurs limites pour traiter de la question posée : 

Les deux documents proposés ont donc pour intérêt majeur de mettre en évidence l'évolution radicale des positions françaises au cours du conflit. Alors qu'en 1954, la sécession n'est pas envisageable, elle le devient en 1959. La guerre d'Algérie comprend bien deux phases très différentes : une première phase marquée par l'escalade de la violence et qui débouche sur la crise du régime français, une seconde phase ouverte avec le rappel de de Gaulle au pouvoir, au cours de laquelle le Général, contrairement à ce qu'espéraient les partisans de l'Algérie française, va faire évoluer les positions françaises vers l'idée d'une indépendance négociée. Le second apport des documents tient dans le fait qu'ils témoignent de l'évolution de l'opinion publique française. Le premier document en particulier montre que l'ensemble de la classe politique, à une exception près ( l'extrême gauche, soit le parti communiste), adhère au discours de PMF. En 1954, la "nation" est effectivement "unie et solidaire" pour considérer que l'Algérie est française (" la Méditerranée traverse la France comme la Seine traverse Paris" ont appris tous les petits français sur le bancs de l'école...). Le référendum sur l'autodétermination, qui aura lieu en 1961, montre à l'inverse que les Français sont désormais totalement acquis à la nécessaire possibilité pour les Algériens de déterminer leur destin. 
Centrés sur les positions françaises, les documents ne permettent pas, par contre, de cerner le point de vue algérien. Ils ne disent strictement rien ni de la situation en Algérie, ni des raisons pour lesquelles le mouvement indépendantiste a pu se développer. De même, ils n'évoquent pas directement la guerre et ses conditions sur le terrain. C'est leur principale limite.   
Un corrigé proposé sur le site "assistance scolaire", qui propose une organisation du propos différente ( moins "calée" sur les axes proposés par la consigne)
http://www.assistancescolaire.com/eleve/1S/histoire/travailler-sur-des-sujets-du-bac/la-france-et-la-question-algerienne-1_hisrde02

Aidez l'Espagne, Miro, 1937



Joan Miro est un artiste espagnol, né en 1893 à Barcelone, qui a fait le choix de s'installer en France dans les années 1920. 
En 1937, lorsque le dessin "Aidez l'Espagne" est réalisé par Miro, l'Espagne est en pleine guerre civile. Cette guerre oppose les soutiens de la République espagnole - les républicains - et les partisans de Franco, ce général qui a, à l'été 1936, fomenté un putsch contre la jeune République établie en 1931. La guerre est donc d'abord une guerre civile, opposant les tenants du nouveau régime républicain qui a vu la victoire d'un Frente Popular (front populaire regroupant les forces de gauche), et les adversaires de ce nouveau régime, conservateurs, nationalistes, qui vont suivre la rébellion menée par Franco. 
La guerre d'Espagne dépasse cependant largement les frontières espagnoles. Les nationalistes ont reçu d'emblée le soutien des régimes fascistes allemand et italien, dont les avions ont aidé au transport des troupes du Maroc à la péninsule espagnole. 
En 1936, le gouvernement républicain - celui du Frente Popular - a appelé à l'aide les démocraties, et particulièrement la République française, elle aussi gouvernée depuis le printemps 1936 par un gouvernement de front Populaire ( alliance des forces de gauche : communistes, socialistes, radicaux). Le gouvernement français, dirigé par Léon Blum, a fait le choix de la non-intervention. Cette neutralité dans les affaires espagnoles ne vaut pas seulement pour la France puisque Léon Blum a été l'artisan d'un accord de non-intervention qui engage logiquement 25 pays, dont l'Allemagne hitlérienne et l'Italie fasciste, accord signé le 28 août 1936.  Respecté par les démocraties, cet accord est violé par les régimes fascistes : l'Allemagne nazie qui envoie en Espagne la légion Condor, Italie fasciste qui y envoie aussi des troupes (80 000 "volontaires" issus des milices fascistes). 

En avril 1937, la ville de Guernica subit les bombardements d'escadrilles de la légion Condor, protégées par des avions de chasse italiens. Bombes explosives, bombes incendiaires... sont utilisées. En quelques heures, plus des 2/3 des habitations sont en feu. L'événement est à l'origine du célèbre tableau de Picasso, Guernica, exposé en 1937 au pavillon de la République espagnole pour l'Exposition Universelle. Il explique aussi l'engagement de Miro, qui se traduit de manière moins visible par la création de ce dessin au pochoir - Aidez l'Espagne - , support d'un timbre postal émis en soutien au gouvernement républicain espagnol. 
Le soutien des artistes espagnols - Picasso, Miro - à la cause de l'Espagne républicaine est donc un soutien depuis la France. Il a pour but de dénoncer, de gagner des soutiens à la cause républicaine, au "peuple" espagnol loué par Miro. Cette campagne menée par les artistes n'est sans doute pas sans lien avec l'engagement de nombreux volontaires dans les rangs des brigades internationales, qui, sous l'égide de l'URSS - et surtout des partis communistes occidentaux - , viennent combattre aux côtés des républicains espagnols.  

Un retour sur l'itinéraire de Miro à l'occasion de la rétrospective organisée à Washington: 

mardi 12 juin 2012

Les espaces français dans la dynamique de la mondialisation






















Les espaces français dans la dynamique de la mondialisation est l'intitulé possible d'un croquis pour les classes de 1ère S (épreuve sur 5 points, réalisation d'un croquis).







Lien vers un croquis proposé en méthode décomposée, réalisé par Jacques Muniga :

http://www.geographie-muniga.org/SDLV_1ere/SUJET_F3_SDLV.swf

lundi 11 juin 2012

La mégalopole japonaise, croquis

Le croquis ci-dessous est celui proposé par les Editions Magnard.


Ce croquis met en évidence l'extension progressive de la mégalopole, d'est en ouest, depuis les années 1960. Cette mégalopole compte plusieurs aires urbaines situées à l'est, et de nombreuses grandes villes la prolongent à l'ouest è Okayama, Hiroshima, Fukuoka...). 
Cet espace est ouvert sur le monde, et particulièrement sur le Pacifique ( Japon de l'endroit), où se situent les grands ports, et l'interface majeure ( mise ne relation du Japon avec un espace de moindre développement formé par les espaces de l'Asie orientale). On note que les villes sont reliées entre elles ( Shinkansen et réseau autoroutier, ponts qui relient les îles de l'archipel), formant un ruban urbain continu. 
Mais la très forte concentration des hommes et des activités dans cet espace littoral est source de fragilités : la mégalopole est un espace saturé et vulnérable. Le manque d'espace a conduit a gagner de plus en plus d'espace sur la mer ( la logique des terre-pleins et des îles flottantes ), mais aussi à tenter de desserrer l'étau urbain en favorisant la conquête de l'arrière-pays ( desserrement urbain, rurbanisation des campagnes proches). Par ailleurs, la mégalopole est située dans une zone soumise à de forts risques naturels ( volcanisme, typhons, séismes). 
  • Un fond de carte : 


D'autres croquis sont possibles évidemment... 
Un site qui propose des réalisations d'élèves tout à fait dignes d'intérêt : 

LE site qui propose des croquis comme vous en rêvez ... ( faudra voir à tailler les crayons et affûter les plumes!) 

Ici, un travail de cartographie qui prend en compte les catastrophes de 2011 :

La mégalopole japonaise



La mégalopole japonaise est une grande région urbaine de l’île de HONSHU, s’étendant sur près de 1500 km, du nord (Tokyo) au sud (Fukuoka), sur une bande du littoral oriental (Japon de l’endroit, soit celui tourné vers le Pacifique) d’environ 20 à 100 km de large
C’est le cœur économique, démographique et politique du Japon, pôle de la Triade, et par conséquent le cœur de l’aire de puissance de l’Asie Orientale.

Questions : comment s’organise cet espace concentrant la puissance japonaise et centre d’impulsion de la puissance de l’Asie Orientale ? Quelles limites à cette concentration des activités ?

I.               La mégalopole japonaise, le centre du Japon…

Logique centre/périphérie : la mégalopole est le centre qui regroupe 105 millions d’habitants (sur 128, soit 85% des hommes), et elle reste attractive
1.     Le plus long ensemble urbain linéaire du monde
La concentration urbaine est très largement imposée par des contraintes naturelles : un pays montagneux, peu de plaines ( celles du kantô / Tokyo, celle du Tokaï / Nagoya, celle du Kansaï / Osaka-Kobé) où se sont installés les villes, lesquelles, désormais à l’étroit, partent à la conquête des basses pentes des versants montagneux.
Rue de Tokyo

Des densités supérieures à 1000 hbts/km2 sur l’axe Tokyo-Nagoya-Fukuoka-Nagasaki
Un espace polynucléaire : 3 mégapoles majeures qui concentrent 44% de la population japonaise : Tokyo (30  m), Nagoya (8,5), Osaka (16), et de nombreuses villes millionnaires
Un espace discontinu du fait du relief ( espaces de campagnes rurbanisés à forte densités de pop°) mais unifié par les transports
Un espace en expansion : attractivité des grandes mégapoles, étalement urbain (étirement des banlieues, rurbanisation des campagnes avec multiplication des « villages urbains »-konjuka-, où se côtoient lotissements pavillonnaires, établissements industriels et rizières). Une expansion qui s’est faite vers l’Ouest ( Kyushu), puis vers le Nord (vers Sendaï) et qui se fait aussi aux dépens de la mer par la construction de terre-pleins aménagés d’abord pour les combinats industrialo-portuaires, puis désormais aussi pour les activités de service.

2.     Un intense maillage des voies de communication
  •  Les transports continentaux qui unifient l’espace de la mégalopole






















Elément majeur, colonne vertébrale de la mégalopole : le Shinkansen. train créé dans les années 60, relie d’abord Tokyo et Osaka, puis prolongé dans les années 70 vers l’Ouest (Fukuoka), et dans les années 80 vers Sendaï.http://www.teaser.fr/~mzirnheld/japon/trains/shinkan2.htm ( pour les fous des trains)
http://fourga.free.fr/tgv/shink_art.htm (idem, avec des photos et des cartes du réseau)
L’axe autoroutier double le Shinkansen. Il permet de relier les grands ports de chaque baie, mais avec d’énormes pbs de circulation.
Une politique de grands travaux, extrêmement coûteuse mais à la base de tous les plans de relance de l’économie japonaise, a conduit à la construction de tunnels et ponts reliant les îles entre elles. Cf : pont-tunnel dans la baie de Tokyo
  •  Des plates-formes portuaires et aéro-portuaires qui ouvrent la mégalopole sur le monde

1ère façade portuaire du monde avec un total de 1,5 milliard de tonnes / an
Baie de Tokyo : 4 gds ports ( Tokyo, Yokohama, Kawasaki, Chiba), environ 600 millions de tonnes de trafic.
Baie d’Osaka = 300 millions de tonnes/ an
Baie de Nagoya = 150 millions de tonnes par an
4 aéroports internationaux, dont 2 à Tokyo. Mode de transport essentiel à l’international mais aussi pour la liaison entre les mégapoles de la mégalopole. Edification sur les terre-pleins aux dépens de la mer, faute de place.
Le port de Nagoya



II.             Et l’un des centres de l’économie mondiale
1.     Une longue interface industrialo-portuaire
La mégalopole concentre la puissance japonaise : 75% du potentiel industriel
3 zones dominantes qui correspondent aux 3 gdes baies : le Kantô ( 30% de la prod° ind), le Kansaï (20%) le Tokaï ( 15%). D’autres centres secondaires de dvt récent existent sur les pourtours de la mer intérieure (Hiroshima par ex.).
Diversité des productions : d’abord, pendant la période de haute croissance (55-73) des industries lourdes, sur l’eau : vastes combinats intégrés (sidérurgie, raffinage et pétrochimie, construction navale) ; depuis, redéploiement des activités dans l’espace (sidérurgie concentrée dans la baie de Tokyo), et surtout diversification des industries ( de biens d’équipement, de biens de consommation, high tech) qui s’installent stt en périphérie des mégapoles.
La littoralisation des activités a accompagné le développement tourné vers l’extérieur. Japon, 2ème exportateur mondial pour 97% de produits manufacturés, à très haute valeur ajoutée pour l’essentiel. Echanges avec l’Asie Orientale ( Chine 1er partenaire), mais aussi ALENA et en particulier les Etats-Unis.
2.     Un espace hiérarchisé : la primauté de Tokyo
Tokyo, 1ère ville du monde par son PIB urbain (PUB supérieur à celui de l’Italie, et = 1/3 de celui du Japon). Classée avec New York, Londres et Paris parmi les « villes mondiales » ou « globales » du fait de la concentration du pouvoir de décision (2/3 des sièges sociaux des gdes entreprises japonaises)
Pourquoi cette suprématie ? : capitale politique (depuis 1868), 1er nœud de communication du pays, site exceptionnel, rôle soutenu par l’Etat ( gds travaux : pont-tunnel, aéroport d’Aneda…)
Le gigantisme urbain : la ville de Tokyo = 8,3 millions d’hbts, l’agglomération (région du Grand Tokyo = 30 millions !). Des densités extrêmes (plus de 13 000 hbts/km2 ( cf. les hôtels-capsules). Un solde migratoire positif.

Des flux humains impressionnants : nœud de communication, CBD qui attire 2,5 millions de pers/jour, 2500 trains par jour en gare de Tokyo, des gares qui sont des plates-formes multimodales (train, métro, bus, taxi…) et autorisent des migrations pendulaires sur plus de 60 kms.
Une tendance à l’étalement vers la périphérie des hommes ( urbanisation le long des voies de chemin de fer) et des activités.
Des fonctions de métropole mondiale : commandement (2/3 des sièges sociaux des gdes entreprises, 85% des établissements financiers étrangers, la bourse – le Kabuto-Cho- 2de place boursière mondiale), fonction commerciale, fonction culturelle (1/2 des étudiants du Japon, lieu de création de la mode), fonction industrielle (de+en+ tournée vers la high tech : électronique, instruments de précision, …). La cité scientifique de Tsukuba, à 60 kms au sud de Tokyo, bien reliée au cœur de Tokyo, illustre le poids de la recherche scientifique comme la nécessité du redéploiement technopolitain.

3.     Un espace hiérarchisé : les autres pôles
Osaka, le « 2ème œil du Japon ». 4ème rang des villes mondiales par son PUB. Lgts capitale économique du Japon (avant 1945), représente avcc la plaine du Kansaï 20% de la production industrielle, marquée par la reconversion vers les industries de pointe, bourse d’Osaka 2ème japonaise
Baie de Nagoya : rivalise depuis les années 90 avec le pôle du Kansaï. Fleuron : Toyota (en légère difficultés ces derniers temps…)

lundi 21 mai 2012

Mémoires de Guerre : la mémoire communiste du conflit

Les mémoires de la Deuxième Guerre mondiale sont plurielles. Parmi elles, la mémoire du conflit véhiculée par le Parti communiste français occupe une place à part. Et ce pour plusieurs raisons. 
D'abord parce que cette mémoire s'exprime dès la Libération et gagne en ampleur dans les années de sortie de guerre. Le Parti communiste revendique alors ouvertement sa contribution à la victoire finale, comme en témoigne cette affiche publiée à l'occasion des élections législatives organisées en octobre 1945 ( les premières depuis 1936) : 

Dans la mémoire du conflit construite par les communistes, la pérennité de la France, symbolisée ici par l'hexagone et par le couple que forment la mère et l'enfant, n'a été possible que par le sacrifice. Celui du Parti - " celui qui a fait le  plus d'efforts et versé le pus de sang" - , celui des militants, qui "par dizaines de milliers (... ) sont tombés en héros". Le sang versé, celui des fusillés, crée un droit à représentation. le Parti communiste, fort du rôle qu'il a joué pendant le second conflit mondial dans la Résistance à l'ennemi, se présente comme le " parti de la Renaissance française", c'est-à- dire un parti qui a pour vocation d'incarner l'aspiration au renouveau de la population. 





samedi 12 mai 2012

La guerre d'anéantissement à l'Est, 1941


Un sujet de type bac, nouveau programme 1ère S.

Sujet : la guerre d’anéantissement sur le front de l’Est
Consigne : Après avoir présenté les deux documents ( vous serez particulièrement attentifs au contexte), montrez que la guerre de l’Allemagne nazie contre l’URSS relève d’une guerre d’anéantissement. Vous soulignerez les dimensions idéologiques de ce conflit en confrontant ces deux documents.

Document 1. Directive aux armées allemandes pour la campagne en URSS
Dans le combat contre le bolchevisme, nous ne devons pas supposer que le comportement de l’ennemi s’appuiera sur les principes d’humanité ou du doit international. On peut s’attendre en particulier à un traitement des prisonniers de guerre inspiré par la haine, cruel et inhumain de la part des commissaires politiques1 de tous grades, qui sont les vrais chefs de la résistance.
Il faut attirer l’attention de toutes les unités sur ce qui suit :
-montrer de la considération pour ces éléments au cours de ce combat ou agir conformément aux règles internationales de la guerre est une erreur mettant en danger notre propre sécurité et la rapide pacification des territoires conquis ;
-les commissaires politiques ont inauguré de nouvelles méthodes de guerre asiatiques barbares. C’est la raison pour laquelle il faut les traiter tout de suite avec la plus grande sévérité. Par principe, ils seront abattus immédiatement, qu’ils aient été capturés au cours d’opérations ou qu’ils aient montré de la résistance.
(1) : Représentants du Parti communiste soviétique auprès de l’Armée Rouge
Préambule de l’Ordre concernant les commissaires, préparé par les services de la Wehrmacht et signé par le Maréchal Keitel, chef d’Etat major des armées allemandes, le 6 juin 1941.

Document 2 : Affiche de la Waffen SS ( 1941-1943).
La Waffen SS constitue la branche armée de la SS destinée à combattre aux côtés de l’armée régulière.
Affiche de la Waffen SS, Belgique, 1941-1943

Analyser deux documents, en suivant une consigne précise, fait partie des nouvelles épreuves du Bac pour les 1ère S. La première règle à suivre : respecter scrupuleusement la consigne ! Ici, le propos doit donc s'articuler en trois temps : une courte présentation des documents, qui doit servir la présentation du sujet ( la guerre à l'Est) ; ensuite la démonstration, en utilisant - et en confrontant- les deux documents, de ce que cette guerre menée par l'Allemagne est bien une guerre d'anéantissement ; enfin, dans un dernier temps, montrer les dimensions idéologiques du conflit. 

La présentation des documents doit insister sur quelques points
- deux documents de source allemande : le chef d'Etat major de l'armée, le maréchal Keitel, pour le premier, la Waffen SS pour le second, donc dans les deux cas des documents qui, bien que leur nature diffère ( un document écrit destiné strictement aux militaires de la Wehrmacht, un document iconographique destiné aux populations belges), émanent tous deux des instances militaires allemandes.
- deux documents qui se situent à des moments différents de la guerre à l'Est. Le premier précède la grande offensive qui sera lancée le 22 juin 1941 ( opération Barbarossa) contre l'URSS, en rupture du pacte germano-soviétique. Le second est, lui, postérieur à l'invasion du territoire soviétique. Non daté précisément, il relève de la tentative menée par la Waffen SS de recruter des jeunes hommes, dans tous les pays occupés par l'Allemagne, au nom de la lutte commune contre l'URSS et le communisme.

Le fait que la guerre menée à l'Est soit une guerre d'anéantissement apparaît avec force dans le premier document qui précède l'invasion. Ordre est donné aux militaires de livrer une guerre sans merci, en leur enjoignant de ne surtout pas agir "conformément aux règles internationales" ( référence aux conventions, de La Haye 1907, ou de Genève, 1929, qui invitent à un traitement humain de l'ennemi, et particulièrement des prisonniers de guerre). Le texte dédouane d'emblée toutes les exactions qui pourraient être commises. Il ordonne d'ailleurs que les commissaires politiques  - qui ne sont pas des combattants - soient "abattus immédiatement", quoi qu'ils aient fait ( "qu'ils aient été capturés au cours d'opération ou qu'ils aient montré de la résistance"). L'ordre sera entendu puisque ce sont les einsatzgruppen, qui accompagnent l'armée régulière, qui vont se livrer au massacre des membres du Parti communiste - en même temps qu'à celui des Juifs. La brutalité à laquelle invite le texte de Keitel trouvera aussi sa traduction dans les conditions effroyables qui seront faites aux prisonniers de guerre soviétiques. Près de 4 millions de prisonniers de guerre soviétiques sont morts pendant la Seconde guerre mondiale. Cette brutalité, cette volonté d'anéantissement sont au coeur du deuxième document qui présente clairement l'objectif du conflit : anéantir le "monstre" soviétique, lui faire rendre gorge. 
La brutalité du combat est justifiée dans le texte de Keitel par un argument d'ordre militaire (la "sécurité des troupes", la nécessaire "pacification" du pays conquis) ET par un argument idéologique. La brutalité attendue des soldats allemands est présentée comme une réponse préventive à l'inhumanité des soviétiques, posés comme "barbares". De fait, les partisans soviétiques mèneront, eux aussi, un combat sans merci, comme en témoigne la pratique de la terre brûlée. Mais, au moment où Keitel émet cet ordre, la vision proposée de l'ennemi n'est pas liée à l'expérience, mais à un système de représentations dans lequel la dépréciation de l'ennemi - "barbare", "cruel"... - est au service de la brutalité attendue des soldats. 




Cette vision de l'ennemi illustre les dimensions idéologiques du conflit. En effet, l'ennemi de l'Allemagne dans ce combat n'est pas un ennemi quelconque, c'est le communiste, celui qui sert le "bolchevisme" - le terme renvoyant explicitement à la Révolution russe et à ses dommages dans l'esprit des militaires allemands. La vision d'un ennemi "barbare" est liée au pouvoir des "commissaires politiques", qui "ont inauguré de nouvelles méthodes de guerre asiatiques barbares". L'étrangeté de l'ennemi est soulignée par la référence à l'Asie - qui renvoie aux steppes de l'Asie, aux huns, au peuple slave, un peuple de "sous-hommes" dans l'idéologie raciste allemande. L'affiche montre clairement l'enjeu du combat : que le nazisme - représenté ici par l'insigne SS - anéantisse le communisme - représenté par le dragon portant au cou l'étoile rouge frappée du marteau et de la faucille. Ce combat est d'autant plus vital, dans l'optique nazie, que bolchevisme et judaïsme sont étroitement liés. Le dragon qui sème la mort ( des ossements reposent à ses côtés ) porte conjointement l'étoile rouge ET l'étoile de David. Et si le terme de judéo-bolchevisme n'est pas utilisé dans les documents proposés, il est couramment utilisé dans les textes émanant d'Hitler comme des chefs de la Wehrmacht. C'est cette volonté de détruire un ennemi double qui explique aussi la brutalité sans égale de la guerre menée à l'Est. Les exécutions perpétrées par les einsatzgruppen ont provoqué la mort de plus de 1, 3 millions de Juifs selon les chiffres proposés par Raoul Hilberg. 

La mémoire de la Résistance dans les manuels scolaires (1)


Extrait d'un manuel scolaire de l’école primaire de 1956 sur la résistance.

« La Deuxième Guerre Mondiale. La Résistance.
En juin 1940, les Allemands font prisonnière presque toute l'armée française. Ils envahissent la France tout entière. La plus grande partie de la France reste ensuite occupée pendant quatre ans par les troupes ennemies. Le reste du pays est dirigé par un nouveau gouvernement établi à Vichy. Le gouvernement de Vichy collabore avec les Allemands, c'est-à-dire qu'il accepte de gouverner sous leur contrôle.
Un chef français, le général de Gaulle, a réussi à quitter la France et s'est installé à Londres en Angleterre. Il avertit par radio les Français : « La guerre, déclare-t-il, n'est pas finie. Continuez à combattre l'ennemi. » Des milliers de Français courageux organisent alors, en France même, la Résistance. Ils se réfugient dans le maquis, c'est-à-dire dans les forêts et dans les montagnes. Leurs petits groupes, mal équipés et mal armés, attaquent avec héroïsme les troupes et les convois allemands.
Résumé de la leçon : Les Français sont vaincus par les Allemands en 1940, au début de la Deuxième Guerre Mondiale. La France est occupée. Mais de Gaulle ordonne aux Français de continuer la guerre. Les résistants attaquent les convois allemands. »

Source : A. Bonifacio, P. Maréchal, Histoire de France, cours élémentaire et moyen, Hachette, 1956.

Questions :


1.  Que peut-on dire de la façon dont la Résistance française et le général de Gaulle sont présentés dans ce document ?
2.  Quels acteurs de cette période de l'histoire de France sont absents ou peu évoqués ?
3.  En quoi ce document est-il un outil au service de la construction  de la mémoire de la guerre ?
4. Quelles évolutions majeures cette vision de l'histoire de la France dans la guerre connaîtra-t-elle dans les décennies suivantes ?

Les manuels scolaires sont des outils pertinents pour étudier les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France, et particulièrement celles de la Résistance. Pourquoi? Parce qu'ils proposent une vision simplifiée des mémoires officielles, des mémoires dominantes, de celles dont le pouvoir en place entend qu'elles soient transmises aux générations qui n'ont pas connu la guerre. 
Ici est proposé à l'étude un extrait d'un manuel destiné aux plus jeunes ( école primaire) en 1956, soit pendant la IV République, un peu plus de 10 ans après la fin du conflit. De Gaulle n'est alors pas au pouvoir, mais la mémoire gaulliste de la Seconde Guerre mondiale et de la Résistance inspire très largement la représentation du conflit livrée aux enfants. 

( Question 1 ) Le texte se compose de deux paragraphes : le premier fait état de la défaite, de l'occupation du territoire et de l'existence d'un gouvernement qui fait le choix de la collaboration (le gouvernement de Vichy) ; le second, présenté comme une antithèse du premier, met en évidence le rôle de la Résistance et de De Gaulle. Le général de Gaulle est posé comme l'initiateur de la Résistance. Il est celui qui fait le choix de l'exil ( "il quitte la France") - et ce lorsque la solution de l'armistice est adoptée par le gouvernement, choix qui est présenté ici comme un choix courageux. Il est aussi celui qui "avertit (...) les Français" : le texte fait évidemment allusion à l'appel du 18 juin 1940, puis aux autres appels lancés depuis Londres et la BBC par le Général aux Français pour inviter à la Résistance contre l'ennemi. Conséquence de cet appel selon le manuel scolaire, "des milliers de Français courageux organisent alors, en France même, la Résistance". La résistance intérieure est donc posée comme la résultante de l'impulsion donnée, depuis Londres, par le général de Gaulle. La vision qui est donnée de la Résistance est celle d'une résistance masculine, militaire ("ils attaquent", "le maquis"), héroïque ("des milliers" - mais la France compte 40 millions d'habitants - qui forment des "petits groupes mal équipés et mal armés"). C'est l'armée de l'ombre qui est montrée, celle que mettras en scène le film éponyme de Jean Pierre Melville (1969), celle dont le film de René Clair, La bataille du rail, avait glorifié en 1946. 



(Question 2). De toute évidence, une telle démonstration, de plus effectuée dans un espace très limité, ne peut que passer sous silence certains acteurs. Il faut d'abord insister sur le fait que Vichy est néanmoins évoqué ( contrairement à la vision caricaturale - à laquelle certains aboutissent parfois -  selon laquelle l'évocation de la Résistance impliquerait un silence total sur Vichy) . Pétain n'est pas nommé, mais la collaboration de Vichy est mentionnée, même si elle est présentée - ce que les historiens contrediront plus tard - comme une collaboration subie et non comme une collaboration choisie. 
Pétain, procès devant la Haute Cour de Justice, 1945

Trois acteurs majeurs sont complètement absents, ou peu s'en faut, du résumé proposé. 
D'abord, les armées alliées (Etats-Unis, URSS, Royaume-Uni), dont le rôle essentiel à la Libération du territoire n'est pas même évoqué. Ce silence rehausse évidemment le rôle prêté à la Résistance, qui apparaît comme le seul acteur de la Libération. 
Débarquement de Normandie, 6 juin 1944


Deuxième absent, du moins nommément : les différents mouvements formant la Résistance intérieure, et particulièrement les communistes. Alors que les communistes sont alors à l'origine d'une mémoire spécifique de la Résistance, insistant sur le rôle majeur qu'ils ont joué ( le Parti des fusillés), les résistants sont présentés dans le manuel sous la seule étiquette de "Français". C'est important parce que cela souligne la volonté de rassemblement qui a présidé à la construction de la mémoire gaulliste. 
Parti communiste, affiche d'octobre 1945, à l'occasion des législatives
Enfin le texte évoque seulement le combat mené contre l'occupation, mais pas les victimes de ce combat - les fusillés, les déportés de répression - non plus que celles de la politique de persécution menée sur le territoire : Juifs, tsiganes. La vision proposée est vraiment militaire : seuls les combattants, réguliers ou non, en capacité de se battre ou non ( les prisonniers de guerre ), sont mentionnés. 

(Question 3) Ce document est donc un outil au service de la construction de la mémoire de la guerre, puisqu'il propose une représentation de la guerre à destination d'un public d'enfants qui ne l'ont pas connue - mais dont les parents, eux, l'ont vécue. Le manuel scolaire joue un rôle majeur dans la transmission des visions dominantes que l'on choisit de donner de l'événement. Il est à la fois le témoin des connaissances de l'époque ( peu de recherches historiennes alors sur Vichy, les archives étant fermées ; une histoire de la guerre et de la Résistance qui est, pour beaucoup, le fait des acteurs et témoins ), et le témoin des visions dominantes, de celles que le pouvoir en place entend transmettre.

(Question 4) Cette vision de la France dans la guerre va connaître des évolutions majeures. 
D'abord, à partir des années 1970, le rôle de Vichy va être précisé sous l'impulsion d'abord d'historiens étrangers comme Robert Paxton ( La France de Vichy, 1973), relayé par des historiens français dans les années 1970 et 1980 surtout. La vision de Vichy s'enrichit et se précise. C'est un Etat collaborateur - ce que l'on savait et disait déjà depuis le procès de Pétain par la Haute Cour de Justice en 1945 - , qui a fait le choix de la collaboration. C'est par ailleurs un Etat fort, qui s'apparente à une monarchie personnelle et a totalement rompu avec la tradition républicaine et démocratique. C'est enfin un régime antisémite qui a participé à la mise en oeuvre de la Solution Finale. 
Ensuite, il faut noter que les années 1970 sont celles du réveil de la mémoire de la Shoah, qui prend bien sûr la forme d'un recueil des témoignages et de l'apparition de cette mémoire au cinéma, mais qui prend aussi la forme du travail des historiens. Les premiers travaux émanent de chercheurs isolés ( comme le couple Klarsfeld à l'origine de la première liste des déportés juifs partis de France). Ils sont relayés ensuite par des travaux émanant des structures institutionnelles de recherche ( citons par exemple les travaux récents sur la spoliation des biens juifs pendant la guerre). 








Robert Paxton, La France de Vichy, Seuil, 1973
Serge Klarsfeld, Le mémorial de la déportation des Juifs de France, 1978
La persécution des Juifs de France (1940-1944) et le rétablissement de la légalité républicaine. Recueil des textes officiels , ouvrage réalisé sous la direction de Claire Andrieu, avec la participation de Serge Klarsfeld et Annette Wieviorka, et la collaboration de Olivier Cariguel et Cécilia Kapitz. Avec cédérom. Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, Paris, La Documentation Française, 2000, 530 p.