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Au fil des questions au programme d'histoire-géographie des classes de lycée. Des commentaires, exercices, rappels, ...

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mardi 31 mai 2011

De Gaulle et les partis politiques (1)

L'opposition du général de Gaulle au "régime des partis", est connue. Les partis politiques sont des formations destinées à conquérir le pouvoir dont le général de Gaulle ne remet pas en cause l'existence. Ils participent naturellement au jeu politique dans les démocraties : 
"En démocratie, rien n'est plus naturel que l'existence des partis. Ils expriment nos oppositions réciproques", dit-il lors d'une conférence de presse (conférence du 24 avril 1947 qui suit le lancement du RPF).
D'ailleurs le texte de la constitution de 1958 sera le premier texte constitutionnel à reconnaître explicitement le rôle des partis, comblant ainsi un vide juridique. Mais, pour de Gaulle ( et c'est la pratique qu'il a cherché à imposer entre 1958 et 1969), le rôle qui leur est reconnu est clairement défini : le parti politique doit pouvoir jouer pleinement un rôle électoral (faire connaître les idées, les défendre par le biais des élections, disposer de représentants élus qui porteront - au sein de groupes parlementaires - les idées de la formation partisane...). Par contre, il ne doit avoir aucun rôle au niveau gouvernemental. Cela signifie que le gouvernement - qui dirige la politique du pays - ne doit pas dépendre d'une ou plusieurs formations partisanes, qui seraient à l'origine de la nomination de son chef, discuteraient sa composition, négocieraient leur soutien... En somme, ce que de Gaulle refuse, c'est ce qu'il appelle, sous l'appellation "régime des partis", la mainmise des organisations partisanes sur le gouvernement. 
"Varices", affiche de Sennep, 1946
Le dessin de Jean Sennep intitulé "Varices" livre un regard amusé sur la situation délicate du grand Charles, chef de gouvernement du GRPF, confronté à l'automne 1945 à une Assemblée Nationale dans laquelle les partis ont repris toute leur place. Trois partis - représentés ici comme des varices (ou des sangsues!) qui courent le long du mollet de de Gaulle - dominent l'assemblée constituante élue lors de ces premières élections d'après-guerre : le PC (parti communiste français, né en 1920, alors auréolé de son image de "parti des fusillés"); la SFIO (Section française de l'internationale ouvrière, née en 1905) ; le MRP enfin (Mouvement républicain populaire), jeune formation issue de la Résistance portant un courant démocrate-chrétien. 
Le dessin dit la gêne occasionnée à de Gaulle par le retour en force des partis. C'est d'ailleurs un de Gaulle débarrassé des habits du Général qui affronte - en civil - les désagréments politiques... La disproportion entre de Gaulle - filiforme et immense - et les partis - vers de terre capricieux - signale le parti-pris du caricaturiste : dessinateur de droite sous la 3e République, Sennep s'est  rallié en 1941 à la France Libre et il est un partisan indéfectible du Général. 
Pour en savoir plus sur le caricaturiste Sennep, voir le site suivant qui présente les dessins de ce caricaturiste célèbre sous la 3e puis sous la 4e république. 
De cet affrontement, de Gaulle sort perdant. Il ne parvient en effet pas à imposer sa conception d'un gouvernement " qui gouverne" à des partis politiques qui conçoivent le gouvernement comme une fédération de représentants des partis... De Gaulle fait donc le choix de la démission le 20 janvier 1946:
"Le 19 janvier, je fis convoquer les ministres pour le lendemain, rue Saint-Dominique. A l'exception d'Auriol et de Bidault, qui se trouvaient alors à Londres, et de Soustelle, en tournée au Gabon, tous étaient réunis, le dimanche 20 au matin, dans la salle dite "des armures". J'entrai, serrai les mains, et, sans que personne ne s'assit, prononçai ces quelques paroles : "le régime exclusif des partis a reparu, je le réprouve. Mais, à moins d'établir une dictature dont je ne veux pas et qui, sans doute, tournerait mal, je n'ai pas les moyens d'empêcher cette expérience. Il me faut donc me retirer".
Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Le Salut, 1944-1946, Plon, 1959.  
Sources :
http://wodka.over-blog.com/article-2738784.html

dimanche 29 mai 2011

De Gaulle et le Rassemblement du peuple français (RPF)


Le général de Gaulle fonde en avril 1947 un rassemblement politique, le Rassemblement du Peuple Français (RPF), qui rencontre un succès électoral rapide.
  • Pourquoi rassembler le peuple français?



La décision de créer le Rassemblement du Peuple français fait suite aux désillusions de l'année 1946. Chef du gouvernement provisoire de la République française (GPRF), le général de Gaulle avait  été conforté dans cette fonction par l'Assemblée constituante élue en octobre-novembre 1945. Mais entre les partis qui forment l'assemblée - le Parti communiste, la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière), et le Mouvement Républicain Populaire (MRP) - et le général de Gaulle, il y a opposition sur ce que doivent être les institutions de la future république. Pour les premiers, attachés à la tradition républicaine française, l'essentiel doit résider entre les mains du Parlement : le pouvoir législatif (celui qui fait la loi) doit être le plus fort. Pour de Gaulle, à l'inverse, c'est à l'exécutif - et donc au Chef de l'Etat - que doit revenir l'essentiel du pouvoir. Sans un Parlement qui a voté les pleins pouvoirs à Vichy, il n'y aurait pas eu Vichy. Et, toujours selon de Gaulle, un Etat fort aurait pu empêcher la défaite de 1940... 
"Veut-on un gouvernement qui gouverne ou bien veut-on une Assemblée omnipotente déléguant un Gouvernement pour accomplir ses volontés (...) La formule qui s'impose, à mon avis, après toutes les expériences que nous avons faites, c'est un Gouvernement qui ait et qui porte seul - je dis : seul - la responsabilité entière du pouvoir exécutif." 
 De Gaulle, Deuxième déclaration à l'Assemblée Constituante, 31 décembre-1er janvier 1946. 
 Quelles que soient ses convictions, comme la confiance que  continuent à lui porter les partis issus de la Résistance ( comme le MRP ) ou ceux qui s'en réclament ( le Parti communiste, et dans une moindre mesure, la SFIO), le général de Gaulle n'est alors que le Chef d'un gouvernement provisoire. Face à lui, l'Assemblée constituante est reine (les Français lui ont confié le devoir de faire la constitution). Impuissant à imposer ses vues, de Gaulle fait le choix de la démission le 20 janvier 1946. 
" Le 19 janvier, je fis convoquer les ministres pour le lendemain, rue Saint Dominique. (...) tous étaient réunis le dimanche 20 au matin dans la salle dite "des armures". J'entrai, serrai les mains et, sans que personne s'assit, prononçai ces quelques paroles : "Le régime exclusif des partis a reparu. Je le réprouve. Mais, à moins d'établir par la force une dictature dont je ne veux pas et qui, sans doute, tournerait mal, je n'ai pas les moyens d'empêcher cette expérience. Il me fait donc me retirer". ( Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Le Salut, 1944-1946, Plon, 1959). 

Après un temps de silence, le Général prend la parole à Bayeux, le 16 juin 1946 (le premier projet de Constitution, porté par le Pari communiste, a alors essuyé un vote négatif des Français et l'heure est à la formulation d'un nouveau projet. De Gaulle peut donc espérer faire entendre ses conceptions). Dans son discours, il expose un véritable projet constitutionnel avec un exécutif fort, une séparation claire des pouvoirs, germe de ce que sera la Constitution de la Ve République. 
Rien n'y fait... 
Le nouveau projet constitutionnel adopté par l'Assemblée constituante a peu à voir avec les idées défendues par de Gaulle : ce projet envisage en effet un régime dans lequel le législatif, détenu essentiellement par l'Assemblée nationale, aura un rôle majeur. De Gaulle ne désarme pas, il reprend ses idées à Bar-le-Duc, puis à Epinal, espérant obtenir le rejet, par les Français, du projet établi par la Constituante. Mais il n'est pas écouté, puisque le projet emporte l'adhésion des électeurs lors du référendum du 13 octobre 1946. Les institutions de la IVe République sont nées. 
  • Comment rassembler le peuple français?
Dès lors, de Gaulle est dans l'opposition.
Le 14 avril 1947, il lance un mouvement, le Rassemblement du peuple français, dont il souhaite qu'il ne soit pas un parti - ce qui est logique de la part de celui qui dénonce la mainmise des partis sur la vie politique - mais un mouvement, un rassemblement. Il s'agit de regrouper les Français qui se retrouvent sur ses positions, quelle que soit leur appartenance politique. Ce qui signifie en clair que de Gaulle propose la double appartenance : peuvent adhérer au RPF les membres de tous les autres partis politiques ( à l'exception des membres du Parti communiste). L'objectif est simple : par ce rassemblement, par son poids, par la diffusion des idées gaullistes, il faut obtenir le blocage du système parlementaire, et donc la révision constitutionnelle. 
Au dessus des partis... le RPF est d'abord le rassemblement autour de l'homme du 18 juin, de celui qui a permis la renaissance nationale. En témoignent les affiches de propagande du RPF. Aux symboles nationaux - le drapeau, les couleurs nationales -, aux symboles républicains (le bonnet phrygien, la cocarde, Marianne -ici la Marianne du bas-relief de l'Arc de Triomphe), sont mêlés ceux qui rappellent explicitement l'expérience du combat de la France Libre : la Croix de Lorraine, mais aussi les habits du général. L'homme providentiel - de Gaulle - n'est pas même nommé sur certaines affiches, sa figure suffisant à dire la portée de son combat. L'urgence du rassemblement par contre est mise en avant : " Pour en sortir", "Pour le Salut Public"... 
Le message est clair : la France est à nouveau menacée, la Patrie est en danger... Elle est en danger du fait de ses institutions ( il faut en sortir...), lesquelles ne lui permettent pas d'affronter les dangers de l'heure, parmi lesquels le principal est le danger communiste (qui n'apparaît pas sur les affiches). Nous sommes au printemps 1947 et le monde rentre dans la Guerre froide. 
Pendant cette période, chef politique, le général de Gaulle est interdit d'antenne. Il est donc obligé de se déplacer dans toute la France, de Bruneval à Strasbourg, pour faire connaître ses idées. Les armes du RPF sont donc essentiellement les discours prononcés par de Gaulle et les affiches, qui portent le message du RPF et signalent son succès. 
Affiche du RPF, 1947



  • Pour quel résultat? 
Le RPF rencontre immédiatement un succès conséquent. Sa progression, vantée par cette affiche de propagande, est remarquable. Aux élections municipales de l'automne 1947, le RPF rencontre un véritable triomphe dans les villes : treize sur les vingt-cinq plus grandes mairies françaises (Paris, Lille, Marseille, Strasbourg...) sont gagnées par le mouvement. De Gaulle souhaite que le gouvernement prenne acte de ce succès et fasse organiser de nouvelles élections, pour pouvoir mettre en oeuvre son projet constitutionnel. Devant le refus du gouvernement, il est obligé d'attendre les prochaines échéances électorales : les législatives de 1951. 
Pour contrer la double menace qui pèse sur le régime ( menace gaulliste + menace communiste ), le pouvoir instaure un nouveau scrutin qui permet aux formations politiques de se regrouper (si leur regroupement obtient la majorité des voix, alors il emporte la totalité des sièges; c'est le système dit des apparentements, dont l'objectif est de pénaliser les gaullistes et les communistes qui, en aucun cas, ne s'allieront avec une autre formation politique!). Le résultat est mitigé, puisque l'assemblée qui sort des urnes est composée de six formations, et donc presque ingouvernable. Pour le RPF aussi, le résultat est mitigé : le rassemblement gaulliste remporte certes un net succès, avec 121 élus. Mais ce n'est pas suffisant pour abattre le régime. Et les députés gaullistes se retrouvent, de fait, obligés de composer avec le "système" dénoncé par de Gaulle. La consigne d'abstention qui leur est donnée n'est pas toujours suivie. En 1953, le général de Gaulle décide de dissoudre le groupe parlementaire RPF. Les députés gaullistes continuent à siéger, désormais libres de participer au jeu parlementaire, voire de rentrer dans des gouvernements (Par exemple, Jacques Chaban-Delmas rentre dans le gouvernement Mendès-France en 1954). Pour de Gaulle, commence la "traversée du désert". 
Si elle n'est pas parvenue à bloquer le régime et à infléchir les institutions, l'expérience RPF a au moins deux réussites à son actif. D'une part, elle a mobilisé des militants et forgé un encadrement, qui se révélera important et efficace en 1958. D'autre part, elle a fait connaître les thèmes de campagne majeurs du gaullisme : menace communiste, domination des blocs, nécessité d'un Etat fort pour garantir l'indépendance de la France dans le contexte de Guerre froide. Elle a donc contribué à préparer l'opinion à l'éventualité d'un retour du Général sur la scène politique française. 

Sources : 
Site de la Fondation Charles de Gaulle : http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/accueil/biographie/1946-1953-le-rassemblement-du-peuple-francais.php
Serge Berstein, Le gaullisme, un courant politique à l'épreuve de l'Histoire, La Documentation photographique n° 8050, 2006.
Article RPF dans le Dictionnaire De Gaulle, Robert Laffont, 2006.

mardi 17 mai 2011

2009, la France réintègre le commandement intégré de l'OTAN


La France réintègre l’OTAN et Sarkozy ferme la parenthèse gaulliste

Jean-Noël Guenot,
La Tribune de Genève, 12 mars 2009, 





«Ceux qui prétendent que notre indépendance serait en question trompent les Français!».  
Sur ce ton guerrier lancé hier à l’Ecole militaire de Paris, Nicolas Sarkozy a annoncé le retour de la France au sein du commandement intégré de l’OTAN. Il ferme ainsi la parenthèse ouverte en 1966 par le général de Gaulle. Certes en retirant la République des structures militaires de l’Alliance atlantique, le général-président avait pris garde de ne pas rompre entièrement avec l’OTAN. De plus, ces dernières années, la France a réintégré la plupart des instances de l’Alliance. Il ne restait plus qu’à reprendre place sur les sièges du commandement militaire. Ce sera donc chose faite.
«Nous devons être là où s’élaborent les décisions et les normes, plutôt qu’attendre dehors qu’on nous les notifie», argumente le président français, qui souligne à gros traits: «Mais nous conserverons notre dissuasion atomique indépendante. La décision nucléaire ne se partage pas.» 
L’apostrophe de Nicolas Sarkozy concernant l’indépendance de la France ne vise pas tellement les opposants habituels – les socialistes ou le MoDem de François Bayrou – que le propre parti du président, l’UMP. 
Si la majeure partie des députés de la droite approuve la réintégration complète dans l’OTAN, plusieurs «poids lourds» de l’UMP s’y opposent, de même que l’aile restée fidèle au gaullisme pur sucre. Parmi ces opposants, deux anciens chefs de gouvernement: Dominique de Villepin, le plus virulent, et Alain Juppé, plus modéré dans ses propos mais tout aussi méfiant quant aux conséquences de ce changement de cap. Dans un blog des partisans de Villepin, le député-maire UMP de Vannes François Goulard n’a pas ménagé ses critiques contre cette réintégration: «La France risque d’apparaître comme systématiquement alignée, alors qu’on a besoin qu’elle s’exprime librement, comme elle l’a fait avec l’Irak.» Pour clore le bec des députés restés fidèles au gaullisme traditionnel, Nicolas Sarkozy a demandé à son premier ministre, François Fillon, d’engager la responsabilité du gouvernement mardi prochain. Ce jour-là, les députés devront donner leur feu vert au retour, plein et entier, de la France dans l’OTAN. Si les parlementaires refusent cette réintégration, ils feront également tomber le gouvernement. Ce qui contraint les députés UMP antiatlantistes – une quarantaine au moins – à ne pas voter avec l’opposition. «C’est une mauvaise manière qui empêche les députés de s’exprimer», s’insurge François Goulard, qui ne prendra pas part au vote. Le feu vert de l’Assemblée nationale ne fait donc aucun doute. Mais cette question laissera de douloureuses cicatrices à l’UMP.

Défense nationale et alliance à l’ouest, brève chronologie : 
«Garder les Américains à l’intérieur, les Russes à l’extérieur et les Allemands  sous tutelle», tel est l’esprit  qui prévaut à la création de l’Organisation de l’Atlantique Nord (OTAN), selon  les mots de son premier secrétaire général Lord Hastings Lionel Ismay. 
 4 avril 1949 
La France fait partie des  cinq pays européens parmi  les douze fondateurs de  l’OTAN. 
 30 août 1954 
L’Assemblée nationale rejette le traité de la Communauté européenne de défense prévoyant la création d’une armée européenne sous tutelle supranationale. 
 7 mars 1966 
Dans une lettre au président américain Lyndon Johnson,  le général de Gaulle, prend  ses distances, tout en restant dans l’OTAN. La France se retire du commandement intégré et ferme les bases américaines et canadiennes sur son sol. «La France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice  de sa souveraineté, entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel.» 
 5 décembre 1995 
La France annonce qu’elle reprend sa place au comité militaire, où elle n’avait plus qu’un rang d’observateur.

Source : 
L'intégralité de ce message reprend l'article publié dans La tribune de Genève, 12 mars 2009.