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Au fil des questions au programme d'histoire-géographie des classes de lycée. Des commentaires, exercices, rappels, ...

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jeudi 15 mars 2012

Tourisme et regard porté sur l'Autre. Le retour des "zoos humains"?

On savait depuis longtemps le tourisme international inégalement respectueux des différentes cultures...
Plantu, les touristes du Nord dans les pays du Sud
Les journaux The Observer et le Guardian relancent le débat, autour du tourisme et de l'attitude des touristes, en publiant une vidéo mettant en scène ce qui peut être appelé un "safari humain" : 
Cette vidéo, tournée aux îles Andaman ( dans le golfe du Bengale ) montre des femmes de la tribu Jarawa forcées de danser pour des touristes indiens. Un policier, rémunéré par les touristes, leur intime l'ordre de danser contre de la nourriture. 


http://www.guardian.co.uk/world/video/2012/jan/07/andaman-islanders-human-safari-video

Membres de la tribu des Mashro-Piro,
La pratique du safari humain menace d'autres tribus et d'autres lieux. Courrier International a ainsi fait paraître un article évoquant le sort de la tribu des Mashco-Piro, l'une des 15 tribus indiennes du Pérou n'ayant pas de contact régulier avec le monde extérieur (cette tribu vit dans le parc national du Manu) , actuellement menacée par l'organisation de "safaris humains" destinés à permettre aux touristes de photographier ces tribus indiennes isolées de l'Amazonie péruvienne. Pour les touristes, il s'agit ni plus ni moins d'approcher des individus isolés et " les prendre en photo comme des jaguars pendant un safari". Pour les tribus en question, cette approche représente une véritable menace puisque ces tribus sont particulièrement vulnérables : "la transmission d'un simple rhume pourrait leur être fatale", expliquent certains voyagistes. 
Le "safari humain" pose évidemment la question du rapport à l'Autre. Ici, le touriste-roi exige la rencontre avec des individus qui ne la souhaitent pas. La confrontation est inégale, fruit d'un rapport de force lié à la possibilité de payer, ou non,  des voyagistes inégalement respectueux des droits des tribus.

Indiens Galibis, affiche de Jules Chéret, 1882 ( source bnf)

Ce rapport de soumission n'est pas sans rappeler les zoos humains, tels qu'ils ont existé sur le sol français à la grande époque coloniale. De 1875 aux années 1930, la République française a en effet régulièrement organisé l'exhibition de populations "exotiques" : indiens galibis, zoulous, canaques... 

Portrait des Kali'na, Indiens de Guyane, exhibés au Jardin d'acclimatation, Paris, 1892,



Sources :
http://www.courrierinternational.com/article/2012/03/02/le-scandale-des-safaris-humains-gagne-l-amazonie

samedi 15 janvier 2011

L'imaginaire colonial (1)

L'imaginaire colonial est véhiculé par le livre, l'art ( la peinture particulièrement), la chanson, les images provenant des colonies ( cartes postales), les affiches ... Les expositions coloniales, organisées en métropole pour "exposer" le monde colonial ( ses richesses, ses habitants, sa diversité ), donnent lieu à des affiches qui témoignent de cet imaginaire colonial.

Affiche de l'Exposition coloniale, Porte de Vincennes, 1931

L'exposition coloniale de 1931 est sans doute la plus importante. L'affiche ci-dessus montre la force de l'Empire (des empires qui sont à l'échelle mondiale comme l'atteste le commentaire "le tour du monde en un jour") par le biais de ses composantes, représentées de manière extrêmement typée. Au premier plan (dans l'imaginaire français) se trouve la figure de l'asiatique, ou, de l'annamite (originaire de la provinee d'Annam, en Indochine). 

Les femmes sont une figure majeure de l'imaginaire colonial et plus généralement, de l'attrait pour l'exotisme. Des visions stylisées en sont proposées par les différentes affiches, beaucoup plus édulcorées que celles que l'on trouve dans la peinture ou la littérature. Ici, la femme - protégée par le drapeau français -  est nourricière et gardienne des traditions. 


Exposition coloniale, agricole et industrielle de Strasbourg, 1924


Exposition coloniale de Marseille 1922

Mais la réalité des relations entretenues ( ou envisagées ) avec les femmes des colonies est plus prosaïque. C'est la femme asiatique qui cristallise toutes les attentes et tous les fantasmes. En témoigne cette carte postale adressée par un français installé en Indochine, annotée de sa main à destination de son destinataire : " Mon cher ... Laquelle préfères-tu? Moi je prends l'autre". 
Carte postale, 1906 (reproduite dans l'article cité)
Dans les faits, les Français installés en Indochine sont le plus souvent célibataires et la relation avec la "congaï"(le terme signifie "fille" en vietnamien et est utilisé par les Français pour femme, maîtresse, compagne ) n'est pas interdite. La prostitution est même strictement organisée par les autorités coloniales : prendre un territoire, c'est aussi en dominer les femmes.
La beauté des indochinoises a fait rêver plusieurs générations de Français (la conquête du Vietnam du sud commence en 1858). Romans et chansons en témoignent. On peut citer pour exemple de cette littérature consacrée aux "amours coloniales" le roman de Jean Marquet (1927), intitulé La Jaune et le Blanc. Le roman véhicule le cliché d'une population féminine à la sexualité débridée - ceci étant évidement lié ( comme chacun sait ) à la "race" ou au climat torride. Dans le domaine de la chanson - qui a une importance essentielle à l'époque -, la plus connue est sans doute : la petite Tonkinoise, créée en 1906. Elle a été reprise par de nombreux chanteurs, dont Josephine Baker, qui met sa renommée à son service en 1930. 


Voir ci dessous les paroles de la chanson, ainsi que l'une des premières versions.