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Au fil des questions au programme d'histoire-géographie des classes de lycée. Des commentaires, exercices, rappels, ...

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dimanche 19 juin 2011

Yvette Lundy, Mlle Lundi : Quand la fiction rencontre l'histoire

  • Mlle Lundy/Mlle Lundi

Le film Liberté de Tony Gatlif ( sorti dans les salles en février 2010) évoque l'histoire oubliée des Tsiganes pendant la seconde guerre mondiale. Il met en scène des personnages de fiction, pour certains inspirés de personnages réels. Le personnage féminin, institutrice et secrétaire de mairie,  joué au cinéma par Marie-Josée Croze, est inspiré d'une figure féminine de la résistance marnaise, Yvette Lundy ( dont le nom de famille, à peine modifié, à été conservé dans le film). 
C'est par l'intermédiaire de Delphine Mantoulet, producteur exécutif et compositeur, dont la famille est originaire de Gionges, village marnais où Yvette Lundy était institutrice pendant la 2e guerre mondiale, que le réalisateur Tony Gatlif et l'actrice Marie-Josée Croze ont rencontré Yvette Lundy et ont été fortement impressionnés par sa personnalité. L'histoire relatée dans le film Liberté n'est pas directement celle d'Yvette Lundy qui n'a pas eu l'occasion de protéger, cacher, accueillir des tsiganes chez elle pendant la 2e guerre mondiale – « Le film parle de choses semblables à ce que j'ai vécu, mais ce n'est pas mon histoire »  –  , mais son action résistante a inspiré le personnage de l'institutrice au point de lui donner le nom de « Mademoiselle Lundi ».
  • Une résistance ordinaire : le soutien aux soldats, aux résistants, aux persécutés

Yvette Lundy devant le Mémorial aux martyrs de la
Résistance de Reims, 2005.

Yvette Lundy est désormais une vieille femme qui témoigne. Sur l'engagement résistant qui a été le sien pendant la Seconde Guerre mondiale, sur la déportation - au camp de Ravensbrück - qui en a été le prolongement. 

"Nous habitions au Nord de Reims, pas très loin du camp de Bazancourt où étaient enfermés plus de 3000 soldats français prisonniers, gardés par les Allemands. Certains sont parvenus à s'enfuir et nous en avons recueilli. Il fallait les habiller en civil, les nourrir, leur changer l'identité. Comme j'étais institutrice et secrétaire de mairie, je pouvais faire des fausses cartes. Les cartes d'identité étaient nécessaires pour pouvoir obtenir les cartes d'alimentation à cause du rationnement. Mes frères avaient de la place chez eux et pouvaient héverger plusieurs personnes, moi je ne pouvais en héberger qu'une seule à la fois. J'ai aussi fait des fausses cartes d'identité pour des familles juives, pour des gens qui refusaient de faire le S.T.O. et qui se cachaient . D'autres personnes ont hébergé des aviateurs anglais et américains dont les avions avaient été descendus par la D.C.A et qu'il fallait cacher pour les faire repartir en Angleterre."
( extrait d'un témoignage auprès d'élèves, 2007)

  • Yvette Lundy, une figure de la résistance marnaise
Yvette Lundy avant son arrestation par la Gestapo
Yvette Lundy est née le 22 avril 1916 à Oger dans la Marne. 
En 1938, elle est nommée institutrice à Gionges, où elle fait office de secrétaire de mairie.
 En mai 1940, lors de l'exode, elle quitte le département pour y revenir en juillet 1940. Sous l'Occupation, elle fournit des papiers d’identité et des cartes d’alimentation en particulier à des prisonniers évadés du camp de Bazancourt pris en charge par son frère Georges Lundy, ainsi qu'à une famille juive de Paris.
Elle assure l’hébergement de réfractaires du STO, de résistants traqués et d'équipages alliés pris en charge par le réseau d'évasion Possum.
Arrêtée le 19 juin 1944 à Gionges, elle fait croire lors des interrogatoires qu’elle est fille unique pour protéger ses frères et sœur, également engagés dans la résistance.
Elle est incarcérée à la prison de Châlons-sur-Marne,  puis transférée au camp de Romainville.
 Le 18 juillet 1944, elle est déportée comme résistante à Sarrebruck Neue Bremm, puis à Ravensbrück ( matricule 47 360 ).
Le 16 novembre 1944, elle est transférée à Buchenwald ( matricule 15 208 ) et affectée au kommando deSchlieben où elle est libérée le 21 avril 1945.


Sources : 
http://www.crdp-reims.fr/memoire/enseigner/memoire_deportation/temoins51/lundy.htm#000066
http://www.bddm.org/liv/details.php?id=I.248.#LUNDY

Liberté, de Tony Gatlif, l'histoire des tsiganes pendant l'Occupation

  • Liberté, de tony Gatlif, un film "inspiré"

http://culturebox.france3.fr/all/6814/la-liberte-selon-tony-gatlif#/all/6814/la-liberte-selon-tony-gatlif

L'histoire : 
Théodore, vétérinaire et maire d'un village situé en zone occupée pendant la Seconde Guerre mondiale, a recueilli P'tit Claude, 9 ans, dont les parents ont disparu depuis le début de la guerre. MademoiselleLundi, l'institutrice fait la connaissance des Tsiganes qui se sont installés à quelques pas de là. Ils sont venus pour faire les vendanges dans le pays. Humaniste et républicaine convaincue, elle s'arrange, avec l'aide de Théodore, pour que les enfants tsiganes soient scolarisés. De son côté, P'tit Claude se prend d'amitié pour Taloche, grand gamin bohémien de 30 ans qui se promène partout avec son singe sur l'épaule. Mais les contrôles d'identité imposés par le régime de Vichy se multiplient et les Tsiganes,peuple nomade, n'ont plus le droit de circuler librement : Théodore cède alors un de ses terrains aux Bohémiens, désormais sédentarisés. Tandis que les enfants tsiganes suivent les cours de Mademoiselle Lundi, P'tit Claude est de plus en plus fasciné par le mode de vie des Bohémiens - un univers de liberté où les enfants sont rois. Mais la joie et l'insouciance sont de courte durée : la pression de la police de Vichy et de la Gestapo s'intensifie et le danger menace à chaque instant. Comme ils l'ont toujours fait depuis des siècles, les Tsiganes devront reprendre la route...  
( présentation du film sur le site Evene)
Le film de Tony Gatlif aborde donc un génocide peu visité par la fiction comme par le cinéma, celui des Tsiganes. Il pose par ailleurs la question du sauvetage : pourquoi et comment des individus ordinaires ont fait le choix d'aider les persécutés? 
  • "Liberté, Egalité, Tsigane", une interview de Tony Gatlif

Sans renier ses convictions d’auteur-cinéaste, Tony Gatlif signe avec Liberté son film le plus militant et le plus bouleversant. Aboutissement de 20 ans d’enquêtes et de réflexions, Libertédevrait porter au plus grand nombre son message pour la reconnaissance des Gitans et dévoiler le sort de ce peuple durant l’occupation allemande en France.

Tony Gatlif, cinéaste gitan ou cinéaste des Gitans ?

Tony Gatlif : Je dirais cinéaste gitan des Gitans, parce qu'on ne peut pas faire de films sur eux sans les connaître. On peut tout faire, filmer n’importe quelle histoire, en créant, en inventant, mais si on veut aller au fond de ce qu’on veut raconter, il faut appartenir à quelque chose. C’est normal, c’est comme raconte l’histoire d’une famille.
Votre famille est de quelle origine exactement ?
Mon père était Kabyle et ma mère Gitane, mais quand un non-Gitan épouse une Gitane, c’est lui qui vient à la maison et non le contraire.
Comment est née votre vocation ?
Quand on commence à être cinéaste, à faire de la musique et à évoluer dans le monde du spectacle, on a deux choix. Soit gagner de l’argent, soit défendre des gens, nos gens. Je crois qu’on peut considérer le cinéma comme un art ou comme l'équivalent du travail d'un avocat. C’est ce dernier choix que j’ai fait. Les Gitans du monde entier subissent une injustice incroyable depuis des siècles. C’est impossible de ne pas vouloir en parler dans mes films.
Qu’est-ce qui dans votre parcours vous a fait embrasser cette cause ?
Quand on a 5 ans et qu’on voit son père se faire embarquer à 5 heures du matin dans un camion de gendarmes et se faire frapper, excuse-moi mais je fais un film tout de suite après. C’est de cette injustice dont je parle. Il n’avait rien fait. C’était pendant la guerre d’Algérie et je ne sais pas de quoi il était soupçonné. D’ailleurs, c’était ou ça ou les autres, ceux du FLN (Front de Libération Nationale), qui disaient qu’il fallait tuer les chiens, ne pas boire et se tenir bien. Dans ma famille, ils aimaient bien la vie, alors ça ne les faisait pas arrêter de boire. Ils étaient maltraités des deux côtés. C’est à partir de là que j’ai commencé à ouvrir les yeux sur le monde.
Comment est né le projet Liberté ?
Dès mes débuts, à l’époque des Princes (1982), j’avais ce projet. On savait qu’il y avait eu des centaines de milliers de Roms et de Manouches massacrés par les Nazis et leurs alliés. Comment faire un film sur ce sujet ? C’était dur car il y a peu de mémoire dessus, les gens n’ont pas parlé. Grâce à Matéo Maximoff (écrivain gitan d’origine roumaine, 1917-1999), j’ai rencontré un vieux qui avait été dans un camp. Dès que je lui ai dit que je voulais faire un film là-dessus, son visage s’est refermé, il a bu son thé et n’a plus dit un mot. Dans la culture gitane, on n’évoque pas les morts. Ce sont des fantômes qu’il ne faut pas réveiller. Personne ne voulait parler, il n’y avait pas de documentaires, quasiment pas d’écrits. C’était impossible de faire un film comme Liberté dans les années 70 ou 80. Après, à travers mon parcours, avec les films que j’ai faits, j’ai rencontré des gens. J’ai récolté des témoignages, certains faits. Ce n'est qu'il y a cinq ans que j’ai appris qu'il y avait eu en France quarante camps de concentrations pour les Gitans, les Tsiganes, les Manouches. Avec à l'intérieur de chacun deux à trois mille personnes gardées par des gendarmes et des douaniers français. Je ne dis pas que c’étaient des gens méchants, c’étaient des trouffions. On leur avait dit : « Maintenant la France appartient aux Allemands, vous ne commandez plus rien, alors gardez les Tsiganes ! ». Ce n’était pas le paradis, parfois ça se passait mal, les gendarmes prenaient la nourriture des Gitans pour la donner ailleurs. Bon, il n’y avait pas non plus que des salauds, il y avait des gens biens. Avec tous les témoignages que j’ai fini par récolter, je sentais que le moment était venu de faire Liberté. C'est à dire un film sur la déportation des Manouches de France et de ceux d'Europe de l’Est. Dès 1946, ils ont été mis dans un « trou noir », on a rebouché l’Histoire et plus personne n’a entendu parler d’eux.
En quoi consista l'expérience des camps pour les Gitans ?
En France, on les a gardés dans les camps jusqu’en 1946. En 1945, Paris est libéré, mais les camps de Gitans sont restés en place un an après l'entrée de De Gaulle dans Paris. Pourquoi ? C’est très simple, les Gitans sont les bêtes noires des pays, des mairies. Ils ont été enfermés injustement, dépossédés de tout : voitures, charrettes et animaux. Ils ne voulaient pas les faire sortir d’un coup dans la paysannerie française. C’est inhumain ! On ne leur a même pas donné de draps ou de couvertures, on les laissait dans la crasse. En Roumanie ou en Hongrie, ce sont les habitants eux-mêmes qui les ont massacrés sans que les Nazis ne leur demandent. A un moment, il faut que ça se sache. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de faire un procès, d’accuser qui que ce soit, mais il est temps que les Français, les Hongrois ou les Roumains reconnaissent avoir emprisonné, jusqu’en 1946, des Gitans qui n’avaient rien fait d’autre que voyager d’un endroit à l’autre, parce qu’ils étaient des travailleurs saisonniers. Cette histoire doit être écrite dans les livres scolaires. Il faut que les enfants apprennent que les Tsiganes ont été persécutés au même titre que les Juifs, les communistes ou les homosexuels. Il n’y a pas de comparaison à faire entre les souffrances.
 Liberté est un film sur des Gitans français, qui furent arrêtés à partir de 1940 à cause de la loi de Vichy qui leur interdisait de nomadiser, de bouger. Mais ils avaient des papiers français. Des hongrois de passage se sont aussi retrouvés bloqués en France et enfermés. Ces camps étaient des camps de concentration ; ceux d’extermination se trouvaient en Allemagne, en Pologne ou en Roumanie. Mais ils mourraient aussi en France, du typhus ou de rage de dents, car dans ces conditions on peut mourir de rages de dents. Et les gosses en bas âge mourraient, car leur mère n’avait pas de lait puisqu’on ne leur donnait pas à manger. En Camargue, ils avaient déguisé le camp de Saliers à la manière d'un village à la Walt Disney, avec des petites maisons typiques pour montrer qu’on les traitait bien. Mais à l’intérieur, c’était infesté de vermine ! Les Gitans ne sont pas morts dans les chambres à gaz, mais d’injustice, de laisser-aller, de maladies, d’enfermement. Ce n’est pas excusable, c’est révoltant.
Vous vous êtes inspiré de personnages historiques pour écrire votre scénario?
J’ai travaillé avec beaucoup de personnes, des historiens, une documentaliste qui a été cherché partout dans les archives des camps. Je n’ai pas écrit le scénario comme on écrit un polar, je me suis fondé sur des chiffres, des vérités historiques et aussi des anecdotes. Je ne voulais pas qu’il n’y ait que de la misère et des salauds. Pour moi, un mec qui sauve un gitan rattrape les millions qui ne l’ont pas fait. Et il y en a eu, un docteur par exemple, en Normandie, qui a inscrit des Gitans sur des listes électorales et les a ainsi sauvés de l’enfermement. C’était un Juste, et même si il y en avait peu, ça rassure sur l’humanité. Je me suis aussi inspiré de l’histoire de ce notaire qui a acheté une maison à une famille de Gitans pour les faire sortir des camps. C’est en pensant à ces personnes que j’ai écrit Liberté. Ca me rassure de les voir dans le film, de me dire qu’il y avait des gens comme eux.
Ce film d’une forme plus classique marque-t-il une nouvelle étape ?
C’est une volonté d’enseigner. Je voudrais que les enfants des écoles aussi bien que les Gitans le voient. C’est un film d’auteur populaire, je veux qu’il soit accessible à tout le monde et que les Gitans le reconnaissent comme leur film.

  • Le génocide des Tsiganes



La carte ci-dessus montre la répartition de la population tsigane en Europe en 1939. C'est en Europe orientale ( la communauté roumaine est forte de 300 000 tsiganes) que les tsiganes sont les plus présents. En France, la communauté tsigane compte 40 000 individus, victimes dès l'instauration du régime de Vichy de mesures discriminatoires. 



Les Nazis considéraient les Tsiganes comme "racialement inférieurs", et le destin de ceux-ci fut, en de nombreux points, parallèle à celui des Juifs. Les Tsiganes subirent l'internement, le travail forcé et beaucoup furent assassinés. Ils étaient aussi soumis à la déportation dans les camps d'extermination. Les Einsatzgruppen (unités mobiles d’extermination) assassinèrent des dizaines de milliers de Tsiganes dans les territoires de l'est occupés par les Allemands. En outre, des milliers d’entre eux furent tués dans les camps d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, de Chelmno, de Belzec, de Sobibor et de Treblinka. Les nazis incarcérèrent aussi des milliers de Tsiganes dans les camps de concentration de Bergen-Belsen, de Sachsenhausen, de Buchenwald, de Dachau, de Mauthausen et de Ravensbrück. Dans les zones de l'Europe occupées par les Allemands, le destin des Tsiganes varia d’un pays à l’autre, selon les circonstances locales. Les Nazis internaient généralement les Tsiganes et les déportaient ensuite en Allemagne ou en Pologne pour les soumettre au travail forcé ou pour les assassiner. Beaucoup de Tsiganes de Pologne, des Pays-Bas, de Hongrie, d'Italie, de Yougoslavie et d'Albanie furent abattus ou déportés dans les camps d'extermination et exterminés. Dans les pays baltes et les zones de l'Union soviétique occupées par les Allemands, les Einsatzgruppen (unités mobiles d'extermination) massacraient les Tsiganes en même temps qu'ils exterminaient les Juifs et les responsables communistes. Des milliers de Tsiganes, hommes, femmes et enfants furent tués au cours de ces opérations. Beaucoup de Tsiganes furent assassinés avec les Juifs à Babi Yar, près de Kiev, par exemple. En France, les autorités avaient pris des mesures restrictives à l’encontre des Tsiganes avant même l'occupation allemande du pays. Le gouvernement de Vichy organisa leur internement dans des camps familiaux. Les Tsiganes français ne furent cependant pas déportés sauf ceux des départements du Nord et du Pas-de-Calais rattachés au Gouvernement militaire de Bruxelles.


Sources : 
Cartes : http://memorial-wlc.recette.lbn.fr/article.php?lang=fr&ModuleId=75
http://www.crdp-reims.fr/memoire/enseigner/memoire_deportation/temoins51/lundy.htm
Interview de Tony Gatlif sur le site mondomix : http://tony-gatlif.mondomix.com/fr/itw5623.htm

vendredi 20 mai 2011

le massacre de Nankin au cinéma

John Rabe, l'histoire d'un nazi devenu le "juste de Nankin"...
Un film allemand de Florian Gallenberger, sorti en France avril 2011
L'HISTOIRE : 1937. Installé à Nankin, John Rabe est à la tête de l’antenne chinoise de la firme Siemens. Débonnaire et manichéen, il croit fermement à sa mission et au parti nazi. Lorsque les forces impériales japonaises encerclent la ville, le manageur allemand ne se doute pas que les alliés du troisième Reich ont choisi cette bataille pour démontrer leur puissance, en point d’orgue de leur guerre de conquête. Elles s’apprêtent à massacrer sciemment la population de Nankin. Déjà ébranlé par sa mutation soudaine à Berlin et le démantèlement des infrastructures Siemens en Chine, le travail de toute une vie, il choisit peu à peu la désobéissance et tente avec quelques membres de la communauté étrangère de sauver le plus grand nombre de vies
Allemagne, Chine, Japon, aux prises avec leur passé...
Le massacre de Nankin, longtemps occulté, commence à apparaître dans diverses œuvres littéraires jusqu'à son illustration frontale l'an dernier par Lu Chuan ( réalisateur chinois) dans l'effroyable City of Life and Death. Aujourd'hui c'est un autre peuple meurtri qui fait un geste de paix avec son passé. L'Allemagne célèbre John Rabe, un de ses plus grands héros, un héros appartenant au mouvement nazi et qui sauva quelques 250000 chinois à Nankin justement. Un sujet délicat pour Florian Gallenberger, courageux de l'aborder pour son second film. Un nazi qui sauve des milliers de personnes, d'abord pour maintenir son entreprise en activité avant d'en donner les rênes à son successeur, puis par pure humanité. 


Le massacre de Nankin, point d'orgue de la guerre sino-japonaise

Le massacre de Nankin est perpétré pendant la guerre sino-japonaise commencée en 1931. Au Japon, l'empereur Hiro-Hito a laissé les généraux prendre la réalité du pouvoir. La Chine est quant à elle déstabilisée par la lutte que se livrent les nationalistes ( menés par Tchang Kaï Tchek) et les communistes ( menés par Mao). C'est dans ce contexte que le Japon décide l'invasion de la province chinoise de Mandchourie. En juillet 1937, le Japon - qui a alors le soutien de l'Allemagne hitlérienne et bénéficie de l'attentisme des occidentaux - se lance dans la conquête de toute la Chine. En quelques mois, les Japonais occupent près d'un million de kilomètres carrés peuplés de 60 millions d'habitants. Ils mettent en oeuvre une politique de terreur systématique pour tenter d'abattre la résistance intérieure. Les massacres deviennent la règle. Ils atteignent leur maximum avec la prise de Nanjing (Nankin en graphie ancienne), ancienne capitale de la Chine et siège éphémère du gouvernement de Tchang Kaï-chek. 
Le 10 décembre, les Japonais ont envoyé un ultimatum aux troupes qui défendent la ville. Celle-ci est abandonnée  à son sort par les troupes de Tchang Kaï-Tchek. Ceux qui tentent de quitter la ville ( soldats, civils) en traversant le fleuve sont tués par la flotte japonaise. Enfin, après un pilonnage de 3 jours, les Japonais entrent dans la ville le 13 décembre 1937. Confiants, les soldats chinois se laissent désarmer et se rendent par unités entières. Ceux qui ne se rendent pas spontanément sont traqués. Les Japonais arrêtent dans la rue tous les hommes en âge de combattre et suspects d'avoir porté une arme ou un casque. Le commandement nippon craint alors d'être submergé par la grande masse des prisonniers dans une ville a priori hostile. Il ordonne le massacre des prisonniers, contre toutes les lois de la guerre. Celui-ci s'opère froidement, à la baïonnette, au sabre ou plus souvent encore à la mitrailleuse, sur des malheureux liés entre eux par groupes d'une douzaine. On évalue entre 30.000 et 60.000 le nombre de soldats tués de la sorte dans les premiers jours. Puis vient le massacre des fonctionnaires ; enfin, la terreur frappe tous les habitants de la ville dans les semaines qui suivent. Des femmes sont enlevées et victimes de viols collectifs.  Au total, les victimes du massacre de Nankin sont estimées à plus de 100 000 ( les autorités chinoises avancent un chiffre plus élevé, entre 200 et 300 000). 


Sources :
Nicolas GILLI, critique du film "John Rabe" proposée sur le site Excessif. com : http://www.excessif.com/cinema/critiques/critique-john-rabe-6408215-760.html#
http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19371213 ( article : 13 décembre 1937, les Japonais s'emparent de Nankin)

dimanche 1 mai 2011

Quand l'actualité répond au cinéma... Lord of War, fin de partie ?


Dans le film Lord of War, Yuri Orlov (Nicolas Cage) -  le trafiquant d'armes le plus talentueux dans son domaine ... le "lord of War" - est finalement arrêté par Jack Valentine, l'agent d'Interpol lancé à sa poursuite. Mais cette arrestation n'est qu'un coup d'arrêt, très provisoire, à l'activité meurtrière du trafiquant. Comme il l'explique à Jack Valentine, le trafiquant va être libéré sur ordre des autorités qui ont intérêt à ce que des "intermédiaires" de son espèce fassent le travail. Etats-Unis, Chine, France, Grande-Bretagne sont en effet de très grands vendeurs d'armes...
Sorti en 2005, le film réalisé par Andrew Niccol est profondément pessimiste : le marchand de mort, utile aux grandes puissances, a certes perdu sa femme et son fils (qui font le choix de le quitter), son frère ( qui fait le choix de mourir plutôt que de permettre un massacre)... mais il peut continuer son trafic. La traque dont il a été l'objet n'aura servi à rien, sur le fonds. 
Le film s'est inspiré de l'itinéraire d'un trafiquant d'armes bien connu, en liberté - et en activité...-  au moment où le film a été tourné : Viktor Bout. En 2010, son extradition aux Etats-Unis - suite à son arrestation en Thaïlande- semble faire écho au film : le modèle va-t-il connaître le même sort que la copie? 
Viktor Bout, surnommé le «marchand de mort», arrive à l’aéroport de Bangkok sous escorte de la police thaïlandaise. AP, photo La Tribune de Genève, 19 janvier 2011

"Epilogue. Après plus de deux ans de procédures judiciaires et diplomatiques, Viktor Bout, surnommé le «marchand de mort», a quitté les geôles thaïlandaises hier pour être jugé aux Etats-Unis. Si le parcours de celui que le Pentagone considère comme «l’un des trafiquants d’armes les plus prolifiques du monde» a inspiré le personnage de Nicolas Cage dans Lord of War, il n’en risque pas moins la perpétuité. Arrêté à Bangkok en 2008, cet ancien pilote de l’Armée rouge de 43 ans est accusé d’avoir livré des armes aux belligérants du monde entier.
Né – officiellement – au Tadjikistan en 1967, l’homme qui possède autant de passeports que de noms d’emprunt étudie à l’Institut militaire des langues étrangères à Moscou, avant d’intégrer l’armée de l’air puis le KGB. En 1989, la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide lui offrent de nouvelles opportunités. L’ex- officier polyglotte – il parle sept langues, dont le farsi et le zoulou, et a profité de son séjour à l’ombre pour apprendre le thaï et le sanskrit – se lance en 1991 dans les affaires opaques. 
 Le matériel de guerre soviétique prend la poussière dans les bases militaires et se négocie à bas prix. Viktor Bout décide alors de constituer sa propre flotte d’avions-cargo. A 25 ans, il achète trois Antonov pour une bouchée de pain. D’autres suivront. En fin de «carrière», il disposera d’un parc d’une soixantaine d’appareils.
Destination privilégiée? L’Afrique, royaume des conflits ethniques et terrain de jeu lucratif pour le marchand de mort. Grâce à ses relations et à son sens de l’organisation, Bout offre un service unique. Il livre tout, n’importe où, dans un temps record et sans intermédiaire. Entre deux largages d’AK-47, il fait escale à Johannesburg pour acheter des glaïeuls, revendu à prix d’or aux Emirats. Ce maître du commerce illicite se bâtit rapidement un empire. Son système est au point et sans faille. Il se joue des embargos, contourne les lois, jongle avec les immatriculations, modifie les plans de vol, multiplie les sociétés écrans et n’hésite jamais à fournir les factions rivales d’un même conflit.
Surnommé le «Bill Gates des trafics» par un ancien ministre britannique, son ombre plane sur toutes les guerres civiles africaines. Et bien au-delà. Il dépanne aussi bien le commandant Massoud que les talibans. Il aurait même acheminé de l’équipement de déminage pour une ONG en Angola, à qui il avait livré des mines antipersonnel un an auparavant. Dans sa grandeur d’âme, cet amoureux de Tolstoï et de Gogol a également mis sa redoutable logistique à disposition de la France en 1994 au Rwanda et des Etats-Unis dix ans plus tard en Irak…
Ce double jeu lui a sans doute permis de passer plus d’une fois entre les mailles du filet. Recherché par Interpol, Viktor Bout s’est finalement fait avoir comme un bleu par des membres de l’agence antidrogue des Etats-Unis se faisant passer pour d’authentiques guérilleros colombiens. Jusqu’ici muet comme une tombe, le Russe extradé pourrait lâcher le morceau. Ce qui contrarie le Kremlin. S’agissant du trafic d’armes, Bout est «l’homme qui en savait trop».
La Tribune de Genève,  19 janvier 2011
Yannick Van der Schueren, 
Source : La Tribune de Genève, article de Yannick van der Schueren, Fin de partie pour le marchand de mort russe Viktor Bout, 29 janvier 2011

mardi 22 février 2011

Esclavagisme et grand écran






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Esclavage : mémoires, héritages, et conséquences.

C'est le thème choisi pour lesRencontres internationales du film de chercheurs qui se déroule du 1 au 3 février 2011, à l'Université de Lyon 2.




Cette rencontre fait suite au "Festival international de la vidéo de recherche sur les esclavages" initié par les programmes canadien (MCRI) européen (EURESCL-7è PCRD), français (CIRESC). Elle sera l'occasion de réfléchir à la fois aux différents processus de reconnaissance de la citoyenneté des afro-descendants et à l'apport de l'anthropologie sonore et visuelle dans le débat contemporain.


L'esclavagisme est donc, de manière assez récente, le thème de rencontres autour de films de chercheurs.

Depuis longtemps, le grand écran s'est emparé du sujet, mais de manière ponctuelle et parcellaire.


On peut citer le film d'Henry Hathaway, "âmes à la mer",sorti en 1937, qui prend pour toile de fond une révolte d'esclaves sur un navire anglais.

Affiche du film "Ames à la mer", 1937




Synopsis : Angleterre, 1842. Le capitaine Michael Taylor est accusé d'avoir provoqué la mort de plusieurs personnes lors d'un naufrage. Malgré différents témoignages en sa faveur, la Cour s'apprête à le juger coupable. C'est alors qu'un représentant de la Couronne raconte la véritable histoire de Taylor.
Quelque mois plus tôt... Taylor et son ami Powdah appartiennent à l'équipage d'un navire esclavagiste. Soumis à un traitement inhumain, les esclaves finissent par se révolter et par tuer le capitaine du bateau. Après enquête, il apparaît que Taylor a sauvé bon nombre d'esclaves. C'est alors que le gouvernement britannique décide de lui confier une mission secrète...


Mais, comme le montrent nettement l'affiche et le synopsis, ce sont les acteurs blancs du drame qui sont les personnages clés. 

En 1997, Steven Spielberg réalise la première ( ou l'une des premières ) production qui place la question de la traité négrière et de l'esclavage au coeur du propos : Amistad.

Synopsis : 
En 1839, l'Amistad, navire espagnol transportant des esclaves africains, est pris dans une violente tempête au large de Cuba. Une cinquantaine de prisonniers réussissent à se libérer de leurs chaînes et se retournent contre leurs bourreaux, qu'ils passent par les armes. Cinqué, leur leader, oblige le capitaine à les ramener vers l'Afrique, mais celui-ci, profitant de son ignorance, met le cap sur l'Amérique. Jetés en prison, les mutins vont être défendus par deux fervents abolitionnistes, Theodore Joadson et Lewis Tappan, qui engagent un jeune avocat, Roger Baldwin.





Sources :
www.ecrannoir.fr/films/97/amistad
www.cinemovies.fr/fiche_film/php
www.cinetrafic.fr