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Au fil des questions au programme d'histoire-géographie des classes de lycée. Des commentaires, exercices, rappels, ...

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lundi 28 janvier 2013

"Paix impossible, guerre improbable", un jugement utilisable pour qualifier la période 1945-1991? (1)

"Paix impossible, guerre improbable" est le titre du premier chapitre de l'ouvrage de Raymond Aron, Le grand schisme, publié en 1948. La formule, utilisée alors pour désigner la Guerre froide naissante, est régulièrement employée pour qualifier l'apogée de la Guerre froide (1947-1962). La question se pose de savoir si elle vaut, aussi, pour qualifier l'ensemble de la période 1945-1991. 
Ce sujet, proposé dans le cadre du concours d'entrée à Sciences Po, peut être traité selon le plan suivant : 





I. Une logique de Guerre froide : l'absence d'affrontements directs

II. La paix et la guerre sont cependant bien présentes
III. Une situation de paix armée


I. Une logique de Guerre froide : l'absence d'affrontements directs
L'enjeu de cette partie est de montrer que la logique de Guerre froide - soit l'existence de deux superpuissances en situation de pouvoir détruire l'autre, et tendant à l'hégémonie - impose l'absence de conflit direct.
1. Une paix impossible 
- parce que Etats Unis comme URSS sont intimement convaincus du caractère agressif de l'autre.

Affiche du comité "Paix et liberté"
Affiche anti-américaine.  l'URSS, "citadelle assiégée".
- parce que les modèles américain et soviétique sont diamétralement opposés, voire excluants l'un de l'autre. D'un côté, la démocratie libérale et le capitalisme; de l'autre, la démocratie populaire et l'économie socialiste. Ces deux modèles prétendent tous deux incarner l'idéal démocratique, garantir la liberté ( les libertés côté occidental, La liberté côté soviétique), être au service de la paix.
La colombe de la Paix, Picasso
- parce que Etats-Unis comme URSS se posent comme des modèles universels, ce qui suppose la dénonciation de l'autre. Les étapes de cette fracture sont connues : mars 1947, doctrine Truman/ juin 1947, plan Marshall / septembre 1947, création du Kominform.
Pour Truman :  

" Chaque nation se trouve désormais en face d’un choix à faire entre deux modes de vie opposés.
L’un d’eux repose sur la volonté de la majorité et il est caractérisé par des institutions libres, un gouvernement représentatif, des élections libres, des garanties assurant la liberté individuelle, la liberté de parole et de religion, par l’absence de toute oppression politique. L’autre repose sur la volonté d’une minorité imposée par la force à la majorité. Il s’appuie sur la terreur et l’oppression, une presse et une radio contrôlées, des élections truquées et la suppression des libertés individuelles".
(Discours au Congrès et à la nation, 11 mars 1947) 
Doctrine Truman, schéma
Pour Jdanov, 


" Plus nous nous éloignons de la fin de la guerre et plus nettement apparaissent les deux directions principales de la politique internationale, à savoir la disposition en deux camps : le camp anti-impérialiste et le camp impérialiste.
Les États-Unis sont la force dirigeante du camp impérialiste. Ils sont soutenus par l’Angleterre, la France, par tous les États possesseurs de colonies tels que la Belgique et les Pays-Bas […]. Les forces anti-impérialistes et antifascistes forment l’autre camp : l’URSS et les pays de la démocratie nouvelle tels que la Roumanie et la Hongrie en sont les fondements "


Jdanov, Rapport, 22 septembre 1947
 

2. ... la guerre improbable
- du fait de la dyssimétrie originelle entre les deux Grands, l'un, les EU, possédant la bombe A dès 1945, l'autre non. Ce qui explique le fait que les EU cherchent à tout prix à préserver le secret autour du nucléaire.
- Cette dyssimétrie fait rapidement place à un équilibre de la terreur : l'URSS se dote de la bombe A dès 1949, et de la bombe H, un an après les EU, en 1953. Cette courte période (1945-1953) voit la tension monter aux EU : peur du communisme et donc chasse aux communistes (maccarthysme), accusations d'espionnage dont certaines débouchent sur des procès retentissants comme celui des époux Rosenberg, condamnés à mort et exécutés en 1953, malgré la protestation internationale, comme au sein des Etats-Unis. 


























- La guerre est aussi improbable parce que l'arme atomique est dissuasive. Elle fait peser en permanence la menace de "représailles massives" ( doctrine Dulles).  L'arme atomique n'est pas utilisée au cours des différents conflits qui marquent les années 1950, mais la menace est latente, toujours évoquée, comme en Corée (1950-1953), où le général Rigdway envisage son utilisation pour mettre un terme au conflit. En 1962, l'installation de rampes de lancement soviétiques sur territoire cubain entraîne une crise qui mène le monde "au bord du gouffre". Désormais, c'est la doctrine de la riposte graduée ( McNamara) qui prévaudra : il ne s'agit plus de promettre à l'autre une fin du monde, seulement une riposte à la mesure de l'agression qu'il oserait tenter. 



- Enfin, le dernier facteur qui joue dans le sens d'une absence de conflit direct entre les deux Grands réside dans le climat international de l'après-guerre. La deuxième guerre mondiale a laissé un bilan humain effroyable (50-60 millions de morts) et un héritage moral conséquent : EU et URSS se sont alors battus ( ensemble ) contre l'anéantissement à l'oeuvre du fait du régime nazi. L'ombre portée de la guerre les oblige à une certaine réserve... et ce d'autant plus qu'ils sont tous deux parmi les premiers fondateurs de l'organisation créée en juin 1945 pour garantir la paix dans le monde : l'Organisation des Nations Unies. 


Sources : 

  • Doctrines Truman et Jdanov,  schémas : http://pierre-mera.ac-versailles.fr/spip.php?article185
  • Bref récit de l'affaire Rosenberg : http://histoiregeolyceerombas.over-blog.com/article-13442419.html

mardi 7 février 2012

Liberté à l'américaine, une affiche anti-américaine

Une affiche soviétique de 1949


L'affiche "Liberté à l'américaine" a été dessinée par Efim Dolgorouki en 1949. Etats-Unis et URSS sont alors opposés dans le cadre de la Guerre froide, qui a débuté en 1947, avec l'exposé des différences doctrinales entre modèle américain et soviétique ( respectivement en mars 1947, doctrine Truman, et septembre 1947, doctrine Jdanov). En 1949, les blocs sont en voie de constitution, comme le montre l'achèvement de la première crise de Berlin qui donne naissance à deux états allemands, RFA (bloc occidental) et RDA ( bloc soviétique). La Guerre froide emprunte toutes les voies du conflit - à l'exception du conflit armé direct. Parmi ces voies, l'affrontement idéologique est majeur, et, dans ce contexte, l'affrontement prend la voie d'une guerre des images. Adressée aux soviétiques - que la propagande occidentale tente de toucher par le biais des médias ( Voice of America, la radio américaine,  émet en russe dès février 1947) - , l'affiche "Liberté à l'américaine" a pour objectif de dénoncer les fondements du modèle américain. 

Une dénonciation du modèle américain

Le principe est simple : les caractéristiques du modèle américain sont reprises et parodiées. Le modèle américain se targue d'être un modèle politique fondé sur la garantie des libertés individuelles. C'est ce que rappelle le discours du président Truman de mars 1947, qui fait de la liberté la ligne de partage entre les deux modèles opposés, soviétique et américain : 
"Au moment présent de l'histoire du monde, presque toutes les nations se trouvent placées devant le choix entre deux modes de vie. Et trop souvent, ce choix n’est pas un libre choix.
L'un de ces modes de vie est fondé sur la volonté de la majorité. Ses principaux caractères sont des institutions libres, des gouvernements représentatifs, des élections libres, des garanties données à la liberté individuelle, à la liberté de parole et du culte et à l'absence de toute oppression politique".
Il n'est donc pas étonnant que la liberté soit mise au coeur de la dénonciation du modèle américain par l'affiche d'Efim Dolgorouki. Elle occupe une position centrale avec la statue de la Liberté et est déclinée dans les quatre vignettes de côté, qui représentent la liberté de la presse, la liberté d'opinion, la liberté de l'individu et la liberté de manifestation. Notons que le dessinateur ne s'est pas attaqué à l'une des libertés individuelles majeures : la liberté de culte, et que la liberté de manifestation tient davantage des libertés collectives que des libertés individuelles. 
Grossièrement, la vignette propose une contre-image du principe énoncé, dévoilant la réalité sous le discours. Les journaux qui émanent tous d'une même source - gouvernementale ? ( le personnage ressemble étrangement à Truman) - signalent que la presse est contrôlée. De la même manière, l'opinion est sous surveillance : derrière le lecteur apparaît un univers carcéral. Les manifestants ont face à eux des unités policières répressives. Enfin, l'individu n'est pas même libre de circuler puisque les noirs sont victimes de la ségrégation ( ici, est représentée une scène de lynchage par des hommes du Ku Klux Klan). Au centre, la statue de la Liberté est muselée.
Le propos de l'affiche vise donc à mettre en évidence l'absence de libertés dans une démocratie libérale. Cette absence de liberté est clairement associée au pouvoir de l'argent : c'est l'ombre de Wall street qui "éclaire" la scène, le dollar est omniprésent sur l'affiche ( sur le cadenas, le véhicule des forces de l'ordre, le texte du lecteur, et on peut supposer que le personnage qui donne le ton en terme de presse est assis sur un sac de billets). 
Que doivent retenir les soviétiques ?  Que le modèle américain est un modèle en trompe-l'oeil, dans lequel les libertés sont bafouées, dans lequel l'égalité n'existe pas (la minorité noire est là pour en témoigner). C'est donc un régime autoritaire, répressif et ,qui plus est, raciste. 

dimanche 20 novembre 2011

L'URSS au grand air, une caricature antisoviétique au temps de la Guerre froide

Epreuve de bac : L'URSS au grand air, étude de document mineure ( Terminale, séries générales)

L'URSS au grand air, affiche du mouvement Paix et Liberté, 1951
Questions : 
1. Présentez le document
2. Expliquez précisément la scène encadrée relative aux démocraties populaires ( la scène encadrée, qui n'apparaît pas ici, est celle qui met en vis-à-vis Staline et les "pays libérés", en haut à gauche de l'affiche)
3. En analysant deux des scènes présentées sur ce document ( en dehors de celle évoquée en Q2), montrez quel est le point de vue des auteurs.
4. Identifiez différents aspects du système soviétique illustrés dans ce document
5. Que savez vous de l'évolution du système soviétique dans le courant des années 1950?


Cette étude de document suppose des connaissances sur le modèle communiste soviétique et sur la Guerre froide.

1. Rappel : présenter un document suppose de s'intéresser à : auteur, nature, contexte, enjeu, destinataire.
Ici, le plus simple est de commencer par souligner la nature du document, une affiche de propagande, vecteur particulièrement utilisé pendant la GF à propos de laquelle on a parlé de guerre des affiches. Une affiche de propagande donc, dont l'auteur est le mouvement Paix et Liberté, une association française anticommuniste née dans les années 1950. Cette association, créée par le député radical Jean-Paul David, a pour but de répondre, sur le sol français marqué par une forte emprise du PCF, à la propagande orchestrée par ce parti. 
Le destinataire de l'affiche est donc le public français, dans une France où le PCF est encore un parti très puissant, passé depuis 1947 dans l'opposition et animateur d'une campagne pacifiste, pro-soviétique, dans le cadre de l'Appel de Stockholm.
Cette affiche prend la forme d'une brochure touristique qui mettrait en avant les caractéristiques du territoire soviétique ( fond de carte dans lequel apparaissent des scénettes dont l'emplacement correspond à la situation géographique). Sous couvert de présentation, l'affiche se livre à une charge contre le modèle soviétique des années 1950, et particulièrement contre son chef, Staline, au pouvoir en tant que secrétaire général du PCUS depuis 1928. Nous sommes alors en pleine guerre froide : la crise de Berlin vient de s'achever, la guerre de Corée ( qui oppose de manière indirecte URSS et Etats-Unis ) bat son plein. 
Ce qui fait défaut aux présentations est souvent la mise en évidence du contexte : Guerre froide, sur le territoire européen, ici français, une guerre qui se traduit par des crises ( Berlin, Corée) et par un conflit idéologique dans lequel l'affiche joue un rôle majeur pour dénoncer le modèle opposé. 

2. La scène encadrée est à la charnière entre le territoire soviétique et celui des démocraties populaires à l'ouest. Elle met en scène d'une part, un cochon auquel sont apportées des vivres, et qui fait donc "bonne chère" et d'autre part - de l'autre côté de la frontière - des individus attablés sommés de livrer leurs vivres sous la menace d'armes. Sous ces individus apparaît la mention " pays libérés". Ces " pays libérés" l'ont été par l'Armée Rouge en 1944/1945 lors de la libération des territoires de l'Europe de l'Est par l'URSS. Comme le signale l'insistance sur le mot "libérés", cette libération se traduit de fait par une occupation par l'Armée Rouge et par une soumission. Ce que dénonce donc d'abord l'affiche, c'est la réalité d'une libération - libération de l'occupation hitlérienne - qui se meut en une autre occupation - celle par l'Armée rouge. De plus, ces territoires occupés auraient dû, en application des accords de Yalta, évoluer vers la liberté politique. Mais, deuxième problème soulevé par l'ironie du terme " libération", les élections libres n'ont pas eu lieu ( Pologne) ou l'Armée rouge a immédiatement imposé un régime communiste ( Roumanie). Entre 1945 et 1948, ces territoires "libérés" par l'Armée rouge ont été satellisés par l'URSS : gouvernement communiste ( en 1948, par le "coup de Prague" est parachevée la transformation des régimes en régimes communistes), stalinisation ( les partis communistes des pays de l'Est sont l'objet d'une épuration drastique dans le cadre de grands procès dans les années 1948 et suivantes). Enfin, ces pays transformés en démocraties populaires ( Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie et, depuis 1949, RDA), sont liés à l'URSS par le CAEM : cette organisation économique permet, d'après les auteurs de l'affiche, le pillage des ressources des pays de l'Est au profit de l'URSS. 
Lacune majeure des réponses : démocraties populaires non citées. ( il faut impérativement les nommer). Et surtout, pas d'explication claire sur leur adoption obligée du système politique soviétique ( ce sont, comme l'URSS, des démocraties populaires, avec un parti communiste unique ET dominant) , leur alignement idéologique ( grâce au Kominform), leur sujétion économique ( dans le cadre du CAEM). 
3. Impossible de relever ici toutes les scènes. 
Il faut relever la dénonciation de la figure de Staline, qui apparaît à 10 occasions et est reconnaissable à sa moustache et à la casquette de maréchal flanquée de l'étoile rouge. Cette critique de l'"homme d'acier" est celle du culte de la personnalité ( scénette "au musée"), de la dictature d'un régime totalitaire qui impose SA parole ( scénette de Staline vociférant depuis le Kremlin : "éducation"), de l'instrumentalisation de l'art au service du régime ( scénette "musées"), de la dictature aveugle ( "équitation"). Le régime soviétique des années 1950 est, selon les auteurs de cette affiche, un régime dictatorial, usant de la répression ("cures de repos", "excursions organisées", "stations thermales"... dénoncent l'archipel du goulag, où les opposants sont "rééduqués" par le travail au profit du régime - une main d'oeuvre abondante, servile, renouvelable - ), dans lequel le Parti est au coeur d'un système meurtrier ( la rose des vents place la faucille et le marteau, symboles du PCUS, au coeur d'un système de mort / cadavres embrochés), et dans lequel la police est à l'oeuvre (partout des policiers encadrent la répression et on les voit particulièrement à l'oeuvre dans la scénette "surveillance"). 
L'essentiel pour cette question est d'être très précis dans la description de l'image. Ne pas chercher à en décrire plus de deux, mais les décrire de manière extrêmement précise. Et tirer de cette description des notions plus générales ( culte de la personnalité, régime policier...), pour pouvoir répondre à la question posée / point de vue des auteurs : évidemment hostile et critique. Le but des auteurs est de "dévoiler" ce qui se cache sous la propagande soviétique. 
4. Les aspects du régime soviétique attendus - qui seront diversement développés selon le choix de scénettes commentées à la question précédente -  sont : culte de la personnalité, poids du Parti, régime policier, arbitraire, dictature, régime totalitaire, négation des libertés. 
Un autre aspect (non évoqué ici en question 3) est celui mis en évidence par la scène "footing" : l'armée - puissante - peut éventuellement sortir des frontières. Allusion au fait que l'URSS impose aux démocraties populaires considérées comme des "pays frères" de s'aligner totalement sur l'URSS. Sauf à courir le risque de la répression. C'est une façon d'évoquer l'expansionnisme soviétique, menace qui est particulièrement utilisée dans les pays occidentaux. 
Cette question invite à évoquer des aspects, des caractéristiques : il faut donc mobiliser les notions - clés vues dans le cours sur le modèle soviétique.
5. Comme le document date du début des années 1950 - et donc de la période stalinienne - , la question invite à évoquer l'après-Staline. Donc il faut d'abord rappeler son décès en mars 1953, puis l'évolution qui a suivi. Sous l'égide de Khrouchtchev, une première libéralisation du régime va avoir lieu, qui se traduit en particulier par la libération de nombreux prisonniers du Goulag. Surtout, en février 1956, lors du 20ème congrès du PCUS, Khrouchtchev se livre à une dénonciation du régime stalinien. Mais l'ouverture affichée par le 20 ème Congrès ne signifie pas que les démocraties populaires puissent se démarquer de l'URSS. Il faut évoquer ici la répression des manifestations berlinoises ( juin 1953), et surtout le coup d'arrêt mis à la révolution hongroise (novembre 1956). 
La dernière question est une question de cours. Le document n'est plus sollicité, il faut mobiliser des connaissances. Concision, précision sont ici attendues. 

Un autre corrigé sur le même document (questions légèrement différentes) : 

D'autres affiches du mouvement Paix et Liberté : 

vendredi 11 novembre 2011

La guerre du Vietnam, un conflit indirect de Guerre froide (1)

  • La guerre du Vietnam, un modèle de conflit indirect de guerre froide

Lorsque la guerre d'Indochine prend fin, en 1954, les accords de Genève entérinent l'existence provisoire, sur le territoire du Vietnam, de deux états : la république démocratique du Vietnam du Nord ( RDVN), communiste - qui apparaît sur la carte en rouge -  et le Vietnam du sud, au sud du 17ème parallèle. Existence provisoire, parce que logiquement des élections doivent avoir lieu autorisant une éventuelle unification... Mais ces élections n'ont pas lieu, et chacun des deux états évolue de manière divergente : au nord, la RDVN communiste se transforme en régime de démocratie populaire, suit le modèle communiste ( chinois, ici) de réforme agraire et de transformation des campagnes, quant le Vietnam du sud adopte le modèle capitaliste. 
Le caractère dictatorial du régime sud-vietnamien, sous l'égide de Ngô Dinh Diem, favorise le développement d'une opposition composite : militaires, marxistes, libéraux, bouddhistes qui forment un Front National de Libération en 1960. Sans surprise, cette opposition reçoit le soutien du Vietnam du Nord qui favorise l'agitation dans le sud Vietnam... En 1961, l'opposition menée par le FNL contrôle 1/3 du pays, la guérilla est menée depuis les campagnes et menace les principales villes. 
Au nom de la théorie des dominos ( la conversion d'un pays au communisme entraîne, par contagion, celle des pays voisins à la manière des dominos qui s'écroulent les uns après les autres), les Etats-Unis accentuent alors leur soutien au Vietnam du sud, cherchant, par l'envoi de conseillers militaires de plus en plus nombreux, à éviter la victoire du communisme au sud du Vietnam. Pour eux, en effet, l'opposition sud-vietnamienne, plurielle dans les faits ( libéraux, marxistes...), est manipulée par le Vietnam du Nord. D'où, pour désigner les opposants du FNL, l'appellation de vietcong : communiste vietnamien.  L'extension de la rébellion menace l'équilibre de la péninsule. A Washington, l'idée selon laquelle une intervention directe est nécessaire pour sauver la situation s'impose progressivement.  
En août 1964, l'"incident" du golfe du Tonkin ( attaque d'un navire de guerre américain par la RDVN) autorise l'escalade américaine. Le président Johnson obtient les pleins pouvoirs pour répondre à toute nouvelle attaque de la RDVN. Le conflit oppose donc un petit état communiste, la RDVN, accusé par la première puissance mondiale, guide du "monde libre", de favoriser l'expansion du communisme au sud du pays. Pour les Etats-Unis, il s'agit, en menant une offensive massive de bombardement de la RDVN, de la contraindre à cesser tout soutien au FNL, de cesser de le ravitailler. Le conflit est qualifié de conflit indirect puisqu'à l'engagement des Etats-Unis s'oppose celui de l'URSS et de la Chine, qui, à l'inverse, arment la RDVN. 
Comme on le voit sur la carte, les bombardements américains frappent les villes du Nord, les bases américaines sont par contre installées au sud. Au sud, le FNL contrôle les campagnes, bénéficie du soutien de la RDVN, qui ravitaille les combattants par la piste Hô Chi Minh ( qui relie le Vietnam du Nord au sud-vietnam, en passant par le Laos et le Cambodge).

Ce conflit, modèle des conflits indirects de guerre froide - où les deux grandes puissances s'affrontent par états interposés - , peut faire l'objet d'une schématisation. Ce type de schéma accompagne avec profit les compositions.


Une périodisation intéressante du conflit :

samedi 8 octobre 2011

La Guerre froide en 5 dates clés

La Guerre froide est l'appellation qui a été donnée à la période 1947-1991 durant laquelle les relations internationales sont marquées par l'affrontement entre l'Ouest et l'Est. Deux modèles antagonistes s'opposent alors ( le modèle capitaliste et le modèle communiste), incarnés par deux nations sorties grands vainqueurs de la Seconde guerre mondiale : les Etats-Unis et l'URSS. 
On parle, pour désigner cette logique d'affrontement autour de deux pôles, de monde bipolaire. Ces deux pôles constituent autour d'eux des sphères d'influence dont la taille - et la composition - évolue dans le temps, et que l'on appelle aussi leur bloc.
Enfin, la caractéristique majeure de la Guerre froide tient à l'absence d'affrontement armé direct entre les deux pôles. Comme l'a écrit Gaston Bouthoul, "la guerre froide est la première expérience vécue de la paix atomique". Après 1945 et Hiroshima, avec la détention de l'arme atomique par les deux Grands ( l'URSS dispose de la bombe A en 1949), il n'est pas possible de risquer un affrontement entre deux puissances disposant de la capacité de détruire totalement l'autre - et le reste du monde...
D'où le fait que la Guerre froide soit marquée par des conflits indirects. Les quatre suivants sont considérés comme des conflits majeurs : crise de Berlin (qui se décline en deux temps : le blocus de 1948/1949, puis la construction du mur en 1961); guerre de Corée (1950-1953); crise de Cuba (1962); guerre du Vietnam (1965-1973). Dans deux cas ( Berlin et Cuba), l'affrontement oppose bien Etats-Unis et URSS, mais il n'y a pas conflit ouvert - pas d'utilisation des armes -, seulement crise, mais une crise dont l'issue aurait pu être le conflit armé. Dans les deux autres cas ( Corée, Vietnam), il y a conflit armé, mais indirect, au sens où URSS et Etats-Unis arment chacun des protagonistes qui s'affrontent.

Source : 
http://lewebpedagogique.com/bazarhistoiregeo/2009/02/27/5-dates-cles-de-la-guerre-froide/

jeudi 22 septembre 2011

L'Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale

L'Europe sort profondément bouleversée de la Seconde Guerre mondiale et ce, à tous les niveaux : économique ( l'Europe est un champ de ruines), humain ( 35 millions de morts), moral ( 10 millions d'individus sont morts dans les camps - camps de concentration, d'extermination -, parmi lesquels 6 millions de Juifs victimes de la Shoah), diplomatique ( c'est à New York et non dans une capitale européenne que seront installés les sièges des nouvelles institutions mondiales comme l'ONU)... 
Ce bouleversement se traduit aussi sur le territoire européen. 
D'où l'intérêt de connaître la carte de l'Europe telle qu'elle sort de la Guerre, carte qui peut faire l'objet d'une épreuve de document mineure au baccalauréat (Terminale, séries L, ES, S, session 2012). 


Questions :
1. A quel contexte correspond ce document ?
2. Quel est le sort de l'Allemagne et de l'Autriche en 1945 ?
3. Quelle place nouvelle tient l'Union soviétique en Europe et quelles en sont les conséquences ?
4. Quel est le rôle des deux grands événements mentionnés sur la carte dans la préparation de l'avenir de l'Europe ?

De manière traditionnelle, la première question invite à présenter le document ( nature, objet) en insistant sur le contexte de l'année 1945. La question est délicate car il s'agit ici de ne pas empiéter sur la lecture et l'analyse du document auxquelles invitent les questions suivantes. Il faut donc rappeler que l'année 1945 est marquée par la capitulation allemande, obtenue par la Grande Alliance dont les troupes ont progressé d'ouest en est ( pour les troupes américaines et anglaises), d'est en ouest pour les troupes soviétiques. On peut remonter un peu en avant dans la chronologie et évoquer l'ouverture d'un deuxième front en 1944 - qui a permis cette double progression prenant l'Allemagne en tenaille -, éventuellement dater les débarquements. 
La situation de l'Allemagne et de l'Autriche apparaît nettement : elles sont l'objet d'une occupation quadripartite. Il faut dire quelles sont les puissances occupantes, évoquer le statut de Berlin et de Vienne, et surtout indiquer quelles conférences ont décidé de ce démembrement (Téhéran) et de cette occupation (Yalta. Attention à ne pas insister sur Yalta qui fait l'objet d'une question ultérieure) et quelles autres décisions ont été prises pour l'Allemagne ( les 3D de Postdam). La carte mentionne aussi les pertes territoriales. Celles de l'Allemagne sont manifestes dès lors que l'on compare les frontières de 1945 à celles de 1937. Ces pertes territoriales allemandes profitent essentiellement à la Pologne, dont l'accès à la mer est considérablement augmenté. Cette avancée de la Pologne vers l'ouest est souligné par la mention de la ligne Oderneisse qui marque sa frontière occidentale avec l'Allemagne. 
L'Union soviétique tient une place nouvelle en Europe : l'expression est à prendre au premier degré puisque, de fait, l'URSS occupe beaucoup plus de place sur le territoire européen du fait de son glissement vers l'ouest. La frontière soviétique a ainsi été décalée de 200 km vers l'ouest. On parle de territorial power. Il faut distinguer nettement les territoires annexés par l'URSS - qui apparaissent en tant que tels sur la carte - comme les pays baltes, mais aussi la Biélorussie, des territoires libérés ET occupés par l'Armée rouge, qui ne font pas l'objet d'une mention spécifique sur la carte : Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie. Les territoires annexés perdent toute souveraineté et sont englobés dans l'URSS - dont ils forment de nouvelles républiques. Les territoires occupés sont théoriquement souverains. Mais le glissement du centre de gravité de l'URSS vers l'ouest en fait des avant-postes de l'URSS, des têtes de pont qui peuvent autoriser la progression du modèle communiste ou, pour le moins, servir à freiner l'influence éventuelle des Alliés de l'ouest. 
La dernière question est une question de cours - qui prend le document comme prétexte. Yalta et Nuremberg sont indiqués sur la carte. Il faut donc rappeler le contexte, les acteurs, les enjeux de chacune de ces conférences. Pour Yalta, ne pas oublier que le communiqué final comporte une déclaration sur l'Europe libérée, par laquelle les 3 grands s'engagent à oeuvrer ensemble pour l'instauration de régimes démocratiques dans les territoires qu'ils auront libérés. Pour Nuremberg, insister sur l'enjeu : le jugement international des plus hauts dignitaires nazis, considérés comme responsables de la tragédie européenne. 

vendredi 16 septembre 2011

L'Allemagne en 1949, toile de fond d'un roman policier



L'écrivain écossais Philip kerr a créé le personnage de Bernie Gunther dans La trilogie berlinoise ( qui regroupe trois romans publiés dans les années 1989-1991 : L'été de cristal, la pâle figure et Un requiem allemand). Bernie Gunther est alors un policier de Berlin, membre de la SS, qui fait le choix de devenir détective privé. Dans le Berlin des années 30, les personnes disparues ne manquent pas. Les enquêtes du détective évoquent l'ambiance du Troisième Reich, les rues "nettoyées" pour offrir une image idyllique aux visiteurs des Jeux Olympiques de 1936. 
Suite de la trilogie berlinoise, La mort, entre autres, se situe dans l'après-guerre, en 1949, entre Munich, Vienne et Garmisch-Partenkirchen. L'Allemagne est occupée et devient le théâtre privilégié de l'affrontement qui oppose les anciens Alliés, américains et soviétiques, dans le cadre de la Guerre froide. Comme dans ses romans précédents, Philip Kerr mêle la fiction et les personnages historiques ( ici, Adolf Eichmann). 
A la demande d'une cliente, le détective part à la recherche de son époux, un nazi recherché pour crimes contre l'humanité. L'enquête - absolument fictive -, pleine de rebondissements, permet d'interroger l'attitude des puissances occupantes dans l'ex-Reich, et particulièrement la manière dont a été conduite - ou non - la dénazification. Le roman évoque en effet la fuite des nazis vers l'Amérique latine, les soutiens qu'ils ont pu trouver auprès de l'Eglise, des Alliés, des réseaux occultes d'anciens nazis. Il pose aussi la question du regard porté par les anciens bourreaux sur leurs crimes. 
La mort, entre autres, est un excellent roman policier. Et, sous couvert de roman policier, il offre un tableau documenté et sensible de l'après-guerre en Allemagne. Enfin, il pose des questions essentielles : quel(s) rapport(s) celui qui a vécu l'Allemagne nazie entretient-il avec son passé? Quelle part pour la morale, pour le droit, lorsque la logique politique prime? Ces questions de la mémoire, de la dignité, de la conscience, innervent tout le roman,avec une finesse qu'explique peut-être l'itinéraire de l'auteur, ancien avocat passionné de philosophie. 


Pour aller plus loin :  
Le Magazine Littéraire : l'actualité des livres, des critiques et des écrivains

vendredi 17 juin 2011

1979, l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS




L'invasion de l'Afghanistan par les troupes soviétiques en décembre 1979 s'inscrit dans une dynamique complexe, dont l'un des facteurs explicatifs est la fragilisation de l'Afghanistan dans les années 1970. 

  • Premier acte : 1973, la monarchie est renversée
le roi Zaher Shah en 1963
Dans les années 1970, l'Afghanistan est un pays montagneux enserré entre l'Iran (alors allié des Etats-Unis), le Pakistan (alors allié des Etats-Unis) et l'URSS (apparaissent sur la carte Turkmenistan, Ouzbekistan et Tadjikistan, qui sont alors des républiques de l'URSS). C'est par ailleurs un régime monarchique, dont le monarque, Zaher Shah - sur le trône depuis 1933 - s'est progressivement rapproché de l'URSS. 
Ce rapprochement s'explique par la tension qui oppose le Pakistan et l'Afghanistan (tracé de frontière contesté par l'Afghanistan) et se traduit par une pénétration économique conséquente de la part de l'URSS (construction de barrages, d'usines, de stations électriques...). Par ailleurs, le régime se libéralise dans les années 60, et favorise la scolarisation et l'émancipation des femmes.
Mais en juillet 1973, alors que le monarque est en voyage en Europe, son cousin, le général Daoud, renverse le régime et proclame la République. 
  • Second acte : 1978, un coup d'état pro-soviétique a lieu
Le général Daoud initie une politique de non-alignement qui met un terme aux bonnes relations entre l'Afghanistan et l'URSS. Le contexte est au retour des tensions avec l'ennemi américain (guerre fraÎche) : ne pas être aligné, c'est presque être dans l'autre camp... C'est dans ce contexte qu'a lieu, en avril 1978, un nouveau coup d'état mené par un groupe d'officiers pro-soviétiques. 
Taraki, président afghan avril 1978
septembre 1979
Selon les sources, on dit de l'URSS qu'elle a fomenté ce coup d'état ou qu'elle a été mise devant le fait accompli. Toujours est-il que le nouvel homme fort, Nour Mohammed Taraki, transforme l'Afghanistan en une république populaire, initiant une politique de nationalisations, laïcisant à marche forcée la société, bousculant les bases de l'agriculture... L'Afghanistan signe un traité d'amitié avec l'URSS en décembre 1978. 
Cette politique rencontre des résistances nombreuses dans une société traditionnelle attachée au poids de la religion,  dominée par l'Islam. Par ailleurs, le PDPA ( parti démocratique et populaire afghan), est traversé par des luttes intestines qui fragilisent le pouvoir afghan. En septembre 1979, Nour Mohammed Taraki est lui-même victime d'un coup d'état qui porte au pouvoir Hafizullah Amin. Pour Moscou, la situation afghane manque de stabilité, l'amitié avec Moscou est remise en cause, et l'agitation grandissante doit être calmée. 
Et ce d'autant plus que de l'autre coté de la frontière afghane, en Iran, s'est produit en 1979 une révolution à fondement religieux, portant au pouvoir l'ayatollah Khomeiny, et dont l'URSS redoute l'effet de contagion dans la région. 
  • Troisième acte : 1979, les troupes soviétiques envahissent l'Afghanistan
C'est ce qui explique que l'URSS fasse en décembre 1979 le choix - imprévu, impensable même pour tous les observateurs étrangers - d'envahir l'Afghanistan. 
La décision de l'intervention a été prise par Léonid Brejnev, contre les réticences de son état-major. Il semble que les services secrets américains aient secrètement encouragé cette décision, un engagement en Afghanistan ne pouvant qu'épuiser l'URSS et lui faire connaître son "bourbier vietnamien". Toujours est-il que l'intervention armée est décidée : elle passe par la prise de contrôle des aéroports afghans, puis, le 27 décembre 1979, par l'occupation du pays par les troupes terrestres. C'est l'opération "Chtorm 333" ( chtorm signifie tempête en russe).Pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l'Armée rouge sort des frontières de l'URSS. L'intervention militaire se combine avec l'action politique : Amin, jugé responsable de la rébellion, est éliminé et remplacé par un communiste fidèle à l'URSS, Babrak Kamal. 


Pour en savoir plus :
http://bricabraque.unblog.fr/2009/03/12/les-guerres-dafghanistan-1979-1988-et-2001/
http://tribouilloyterminales.over-blog.com/article-26393477.html

Sources :
http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19780427
http://www.thucydide.com/realisations/utiliser/chronos/afghanistan.htm

mardi 17 mai 2011

Discours de Gorbatchev lors de la remise du Prix Nobel de la Paix, juin 1991

Extrait du discours prononcé par Mikhaïl Gorbatchev lorsqu'il reçut le prix Nobel de la paix le 5 juin 1991.

« Un terme a été mis à la « Guerre froide ». Le danger d'une guerre nucléaire mondiale a pratiquement été écarté. Le « rideau de fer » a été levé. L'Allemagne s'est réunifiée, ce qui constitue un tournant dans l'histoire de l'Europe. Il n'y a plus sur le continent un seul pays qui ne se considère comme entièrement souverain et indépendant.
L’URSS et les États-Unis, les deux super-puissances nucléaires, ont parcouru le chemin qui mène de la confrontation à la coopération et même, en certains cas importants, au partenariat exerçant ainsi une influence déterminante sur tout le climat international. (...)
Bien entendu, la progression vers la civilisation du XXIe siècle ne sera ni simple, ni facile. (...)
On distingue déjà bien des obstacles et des périls sur la voie qui conduit à une paix durable :
- la recrudescence du nationalisme, du séparatisme, des processus de désintégration dans différents pays et régions du monde ;
- la différence grandissante de niveau et de qualité du développement socio-économique entre pays « riches » et pays « pauvres » : les conséquences redoutables de la pauvreté de centaines de millions d'êtres humains en un temps où les média permettent de voir le mode de vie des pays développés. D'où la violence et la férocité inouïes, disons le fanatisme, des mouvements massifs de protestation. Cela offre un terrain propice au développement du terrorisme, à l'émergence et au maintien des régimes dictatoriaux dont le comportement, dans les relations interétatiques, est imprévisible (...).
Comment la communauté mondiale peut-elle faire face à toutes ces tâches, qui sont d'une incroyable complexité ? (...)
Connaissance et confiance sont les piliers du nouvel ordre mondial. D'où, selon moi, la nécessité d'apprendre. D'apprendre à pronostiquer les processus dans différentes régions du globe en conjuguant, dans le cadre des Nations unies, les efforts des scientifiques, des philosophes, des spécialistes des sciences humaines. (...)
Optimiste, j'estime qu'ensemble nous pourrons aujourd'hui faire le bon choix, un choix dont l'importance sera à l'échelle de l'histoire mondiale, que nous ne laisserons pas échapper la grande chance qui s'offre au tournant du siècle et du millénaire, et que nous réussirons le difficile passage à un ordre mondial pacifique. Non pas l'équilibre des forces, mais celui des intérêts ; non pas le profit au détriment d'autrui, mais la recherche du compromis et de l'entente ; non pas la volonté de leadership, mais le respect de l'égalité : tels sont les éléments, à la portée d'hommes raisonnables et instruits par l'expérience du XXe siècle, qui pourront accélérer la marche du monde.

Source : Mikhaïl Gorbatchev, Avant-mémoires, O. Jacob, 1993.
 Questions :

1. Qui est l'auteur du texte ?
2. Expliquez le passage souligné.
3. En vous appuyant sur des exemples précis, expliquez les menaces nouvelles qui pèsent sur le monde selon M. Gorbatchev.
4. D'après l'auteur, sur quels principes doit reposer le nouvel ordre mondial ?
5. Sa vision du nouvel ordre mondial s'est-elle révélée exacte ? Justifiez votre réponse à l'aide de quelques exemples.

Les réponses proposées sont des réponses longues, assez complètes. Tous ces éléments ne sont pas forcément attendus. Ce qui est souligné constitue le socle qui autorise une note moyenne. Les autres éléments sont des éléments de "valorisation", qui font monter la note. 

1. La première question ne doit pas être conçue de manière réductrice, c'est-à-dire une simple identification de l'auteur : Mikhaïl Gorbatchev. Il faut évidemment le présenter, et surtout dire ce qui a pu entraîner le fait que le prix Nobel de la Paix lui ait été attribué ( en 1990), donc mettre en évidence son rôle dans la sortie de la Guerre froide.


Mikhaïl Gorbatchev a été le dernier dirigeant de l'URSS : il dirige le pays en tant que secrétaire général du PCUS ( parti communiste de l'URSS) à partir de 1985. A l'origine d'une réforme des institutions en 1988, il est aussi désigné par le Congrès en 1990 président de l'URSS, fonction créée dans le cadre de cette réforme. ( Remarque : ne pas confondre dirigeant soviétique - à la tête de l'URSS - et dirigeant russe - à la tête de la Russie. La distinction est d'autant plus importante qu'à l'époque c'est Boris Eltsine qui est élu président de la Russie, dans le cadre d'élections au suffrage universel).
Mikhaïl Gorbatchev initie une politique nouvelle, fondée sur la glasnot (transparence) et la perestroïka (restructuration), qui vise à sauver le régime soviétique de la faillite. Cette politique autorise une libéralisation du régime (libération de prisonniers, plus grande liberté de presse...) ; elle repose par ailleurs sur une amélioration des relations avec le rival américain. Le traité de Washington de 1987, qui accentue le désarmement, en est un signe fort.
De ce fait, Gorbatchev bénéficie d'une énorme popularité auprès des occidentaux, qui le surnomment "Gorby". Il est l'homme qui met un terme à la Guerre froide, à la menace soviétique, à la tutelle de l'URSS sur l'Europe de l'est. Aussi est-il désigné pour recevoir le prix Nobel de la Paix en 1990. C'est à l'occasion de la cérémonie de réception de ce prix, en juin 1991, qu'il prononce le discours étudié.  

Question 2. Expliquer la phrase soulignée n'impose pas de la recopier! Il est par contre impératif de lever les différentes allusions qu'elle contient. 

Dans ce passage, Gorbatchev évoque les changements majeurs survenus depuis qu'il est au pouvoir, et plus particulièrement depuis 1989. La chute du mur de Berlin en novembre 1989 est l'événement qui symbolise alors la levée du "rideau de fer", c'est-à-dire de cette frontière hermétique qui séparait depuis le début de la Guerre froide - l'expression est utilisée par Churchill dès 1946 - l'Europe de l'ouest et l'Europe de l'est. Derrière le "rideau de fer", se trouvaient des pays qui étaient sous tutelle soviétique : Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, et, évidemment RDA. Or, ces pays ont connu une véritable révolution en 1989, révolution initiée par l'URSS de Gorbatchev en autorisant le pluralisme politique (en juillet 1989, l'URSS abandonne officiellement la doctrine de la souveraineté limitée : chaque pays se voit reconnaître le droit de développer la ligne politique qui lui est propre) . Dès lors, la presse libre se développe, le parti communiste perd le rôle dirigeant, des élections libres se déroulent... Et, à la fin 1989, il n'y a plus sur le continent, comme le signale Gorbatchev,  " un seul pays qui ne se considère comme entièrement souverain et indépendant", autrement dit les démocraties populaires, pays "frères" de l'URSS pendant la Guerre froide, ont pu se dégager de la tutelle du "grand frère". La Pologne par exemple se donne Lech Walesa pour président en 1990, soit le principal artisan de la contestation depuis les années 1980 dans le cadre du syndicat Solidarnosc.  Cette évolution permet la réunification de l'Allemagne : le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl propose dès novembre 1989 un plan autorisant la réunification. Celui-ci est accepté, avec l'accord des grandes puissances : RFA et RDA forment une Allemagne réunifiée en 1990.

3. Les menaces nouvelles qui pèsent sur le monde en sortie de Guerre froide sont multiples.
Il y a en premier lieu la "recrudescence du nationalisme, du séparatisme". Gorbatchev pense sans doute d'abord aux tendances séparatistes qui frappent son pays, l'URSS, et qui émanent des républiques soviétiques. En Asie centrale et dans les républiques caucasiennes, des tensions fortes opposent les populations (azéris et arméniens par exemple) et des républiques caucasiennes (Arménie, Géorgie) proclament leur indépendance (Arménie dès l'été 1990, Géorgie en avril 1991). La même volonté de quitter la fédération soviétique touche les républiques baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), qui avaient été annexées en 1940.  Face à cette logique, la politique de Gorbatchev est d'abord celle de la force (l'armée russe intervient à Vilnius en janvier 1990), puis celle du compromis ( ce qui lui vaut l'opposition des conservateurs qui l'accusent de brader l'URSS). Enfin, la recrudescence du nationalisme est aussi à l'oeuvre en Yougoslavie, où les ex-républiques serbe, croate, bosniaque entament un conflit lié en partie à la volonté de la Croatie d'affirmer son indépendance.
Gorbatchev souligne aussi la "différence grandissante de niveau et de qualité du développement" entre pays "riches" et pays "pauvres". Au début des années 1990, ce constat d'une fracture de plus en plus nette entre Nord et Sud est largement partagé. Le développement - soit l'augmentation du bien-être de toute une population, que mesure l'IDH - indicateur de développement humain - s'est accru, mais les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres (que l'on appelle les PMA, pays les moins avancés) aussi. 1/6ème de la population mondiale souffre toujours de sous-nutrition ou de malnutrition.
Selon Gorbatchev, ces inégalités forment un terreau propice à une "protestation" - soit à la contestation d'un ordre mondial injuste - , qui peut prendre des formes dangereuses pour la paix mondiale : "terrorisme", "émergence et maintien de régimes dictatoriaux". La montée de l'islamisme - incarné par le mouvement Al Qaïda, né en 1987 - peut illustrer ce propos. Le caractère "imprévisible" des régimes dictatoriaux trouve quant à lui une illustration frappante dans l'invasion du Koweït par le régime irakien de Saddam Hussein en août 1990.

4. Le "nouvel ordre mondial", expression utilisée par G.Bush en 1990, définit pour son auteur un ordre régi par le droit et la coopération internationale. Gorbatchev souscrit à cette conception, qu'il décline en mettant en avant trois principes forts : raison, paix et équilibre. Selon lui en effet, "connaissance et confiance" doivent permettre d'anticiper sur les besoins et évolutions : la raison, mais aussi la transparence, doivent donc permettre aux Nations Unies de jouer pleinement leur rôle. Deuxième principe : la paix. Gorbatchev souhaite l'instauration d'un ordre mondial "pacifique", conformément au projet de l'ONU. Bâtir la paix ne peut se concevoir sans le troisième principe, celui de l'équilibre, mais " pas l'équilibre des forces" ( c'est-à-dire celui qui a régi la Guerre froide ). Sa définition de l'équilibre - "pas de profit au détriment d'autrui", "respect de l'égalité" - refuse l'inégalité Nord/Sud comme l'idée d'un leadership assuré par une seule puissance.

5. Cette vision du nouvel ordre mondial, qu'il qualifie lui-même d'"optimiste", ne s'est pas avérée exacte. L'espoir d'une entente entre Etats-Unis et URSS - qui forment le "nous" évoqué dans le dernier paragraphe du texte - a laissé place à la disparition de l'URSS. A l'automne 1991, 8 des 15 républiques soviétiques ont proclamé leur indépendance, et, après la création de la communauté des Etats Indépendants ( CEI, autour de la Russie), Gorbatchev démissionne de la présidence d'une URSS qui a, de fait, cessé d'exister.
Le nouvel ordre mondial est donc d'abord un ordre américain, une "pax americana". Le leadership américain ne connaît plus d'entraves à son affirmation. Par ailleurs, les années 1990 et 2000 sont marquées par de nombreux conflits, dont la violence contredit l'espoir d'harmonie exprimé par Gorbatchev. On peut citer l'exemple du conflit rwandais (1994), au cours duquel un million de tutsis sont exterminés, alors même que les casques bleus sont présents. Enfin, l'écart entre les pays du Nord et les pays du Sud ne s'est pas résorbé et les bilans établis par l'ONU - et particulièrement par le programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) - font à l'inverse état d'un creusement des écarts. Quant à la menace terroriste, les attentats du World Trade Center en septembre 2001 lui ont donné une matérialité telle que la lutte contre le terrorisme a été posé comme priorité absolue du gouvernement américain.

mardi 26 avril 2011

La réunification allemande, 20 ans après : le temps des hommages

En 2010, l'Allemagne a fêté le 20e anniversaire de sa réunification, les "20 ans d'une révolution paisible et de l'unité allemande"...
Deux dates, au moins, ponctuent cette réunification : 
Celle du 31 août 1990, date à laquelle le traité d'unification de la RFA (République fédérale allemande, à l'ouest) et de la RDA (République démocratique allemande, à l'est) est signé à Berlin.
Celle du 3 octobre 1990, date à laquelle la RDA cesse d'exister, ses territoires étant totalement absorbés par la RFA. 
C'est cette deuxième date qui a été retenue pour célébrer le 20 ème anniversaire de la réunification. 
En septembre 2010, prélude aux cérémonies d'anniversaire, Helmut Schmidt - ex-chancelier allemand de la RFA entre 1974 et 1982 - a inauguré dans le centre de Berlin un monument rendant hommage à trois acteurs de cette réunification : George Bush père, Helmut Kohl, et Mikhaïl Gorbatchev. Le monument, inauguré en face d'une maison  qui longe le tracé de l'ancien mur de Berlin, représente les sculptures en bronze des trois leaders, hautes de 1,75 mètre et pesant 1,3 tonne chacune.
Helmut Schmidt, devant deux des trois statues formant le monument (celles de Helmut Kohl à gauche, de Mikhaïl Gorbatchev à droite)

A cette occasion, l'ex-chancelier a déclaré : 
"Tous trois, les présidents de l'Union Soviétique et des Etats-Unis ainsi que le chancelier allemand, vous avez mérité la reconnaissance de notre peuple. Car sans le courage de Gorbatchev, la prudence de Bush et la fermeté de Kohl, la réunification n'aurait jamais pu avoir lieu". 
George Bush, élu président en 1988, est salué pour sa prudence. De fait, sa politique extérieure s'inscrit dans le prolongement de celle menée par Reagan (dont il a été le vice-président de 1980 à 1988), et se traduit par des liens forts noués avec le nouveau chef de l'Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, et une politique de soutien au processus de réunification allemande. 






Helmut Kohl, chancelier allemand à partir de 1982 ( et jusqu'en 1998, appartient à la famille politique de la CDU (chrétiens démocrates allemands). Il est l'artisan majeur de la réunification, dont la "fermeté" est ici soulignée. On peut dire en effet qu'Helmut Kohl, favorable à la réunification - dont il évoque déjà la possibilité lors d'entretiens avec le président français de l'époque, François Mitterrand - a réagi aux événements de la RDA avec une extrême rapidité. Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombe ; dès le 28 novembre 1989, Helmut Kohl, sans avoir consulté la classe politique ouest-allemande ni ses alliés, propose un plan en 10 points pour la restauration de l'unité allemande. Il va s'employer ensuite à lever les principaux obstacles à la réunification : peur d'une grande Allemagne, question des frontières avec la Pologne, question des relations entre l'Allemagne réunifiée et l'Europe... Toutes les négociations aboutissent en mai 1990 à l'ouverture, à Bonn, de la conférence 2+4, qui associe la RFA et la RDA (2), ainsi que les Etats-Unis, l'URSS, la France et la Grande-Bretagne (4). Les accords 2+4 seront signés en septembre 1990.
Mikhaïl Gorbatchev et Erich Honecker en RDA en octobre 1989

Le monument salue enfin le rôle majeur joué par Mikhaïl Gorbatchev dans l'évolution vers la réunification allemande. D'abord parce qu'il est celui qui, par la politique de glasnost et de perestroïka, a entamé une politique de libéralisation en URSS, et, par voie de conséquence, dans les démocraties populaires. En octobre 1989, il est en visite en RDA et encourage le dirigeant est-allemand Erich Honecker à s'engager dans la voie des réformes. A Berlin-est, il encourage les manifestants qui demandent ces réformes. Erich Honecker fait la sourde oreille, et, un mois après, le mur de Berlin tombe.
Passée la révolution qui emporte les démocraties populaires en 1989, Mikhaïl Gorbatchev appuie le processus de réunification allemande. D'abord, en faisant savoir, dès février 1990, que l'URSS ne s'opposera pas à une réunification dont la RFA et la RDA doivent librement décider les modalités. Ensuite, en faisant savoir, en juillet 1990, - alors que le processus de réunification est largement entamé -, que la future Allemagne sera libre de déterminer à quelle alliance militaire elle souhaite appartenir, ce qui signifie en clair que l'URSS admet la sortie de la RDA du Pacte de Varsovie.


Sources : 
http://fr.rian.ru/world/20100929/187530671.html ( site de l'agence ria novosti, agence russe d'information internationale, qui a relayé l'information sur le monument à la mémoire de Gorbatchev. La source explique peut-être que la statue de Bush père n'apparaisse pas sur la photographie du monument...)
http://www.france-allemagne.fr/Helmut-Schmidt,1451.html
Institut François Mitterrand, La Lettre, n°13, Chronologie de la réunification allemande. 

Manuel de Terminales, Magnard, "Gorbatchev et la fin de la Guerre froide", p. 162 ( source de la photographie représentant Gorbatchev et Honecker).